Un job en intérimaire peut être un tremplin pour un emploi stable



La mauvaise image commence à se dissiper, en dépit de la persistance de pratiques frauduleuses de certains prestataires. La rémunération peut dépasser de 20% celle d’un titulaire d’un contrat à durée indéterminée. Un intérimaire qui a donné satisfaction peut facilement être recruté en CDI.

L’activité d’intérim reprend. «Les années précédentes ont été moyennement satisfaisantes en raison du contexte mondial mais, depuis quelques temps, l’activité reprend des couleurs», précise Patrick Cohen, DG de Crit Maroc. Même son de cloche chez Nadia Nasreddine, DG de 3 N Group, qui souligne que «le marché est en croissance, mais il n’est pas encore tout à fait structuré». Le plus important est que «la mauvaise image de l’intérim commence à se dissiper», ajoute Mme Nasreddine. En d’autres termes, l’activité ne suscite plus les mêmes a priori, notamment chez les demandeurs d’emploi. De plus en plus de titulaires d’un diplôme équivalent à Bac+2, voire plus, n’hésitent pas en effet à travailler pour des sociétés d’intérim. En tout cas, les débutants y voient un sérieux tremplin pour lancer leur carrière. Il faut dire que l’intérim reste le meilleur moyen de faire ses preuves en attendant de décrocher un poste stable même si certains y voient encore un travail précaire.
Cependant, il faut distinguer entre deux populations. Les profils de niveau Bac qui postulent, par exemple, pour des postes de technicien, de secrétaire n’ont pas de mal à accepter un poste d’intérim.
Par contre, les diplômés, les titulaires d’un Bac+ 4 et plus sont au départ réticents à l’idée de faire de l’intérim. Mais quand l’entreprise de travail temporaire joue son rôle de sensibilisation et leur explique l’intérêt de la démarche et les avantages qu’elle procure, ils acceptent plus facilement.
A l’évidence, l’intérim attire aujourd’hui toutes les classes d’âge et les profils se sont également largement diversifiés. Réservé auparavant à un cercle fermé de compétences tels que les informaticiens ou les comptables qui intervenaient pour des missions ponctuelles, il touche maintenant plusieurs domaines. «Les entreprises exigent des profils de plus en plus pointus. C’est le cas des responsables achat et même des profils de techniciens spécialisés», confirme Patrick Cohen.
«Nous enregistrons plus que d’habitude des demandes pour des spécialistes en import-export. Par contre, les commerciaux sont plus difficiles à trouver car c’est la connotation CDD qui leur fait peur»,précise Mme Nasreddine.
Certains en ont fait un choix professionnel. Mohamed Koura, qui a été chargé de clientèle dans une société, a fait l’impasse sur le contrat à durée indéterminée. «Ce que je veux, c’est garder ma liberté et varier les expériences. C’est pour cela que je préfère opter pour l’intérim», assure-t-il. C’est en 2008 qu’il a tenté sa première expérience et depuis il en est satisfait. Par le biais d’une agence spécialisée, il parvient à décrocher ses premières missions. Il y gagne 20% de plus qu’un employé en CDI au même poste. Ensuite, la multiplication des missions permet d’élargir ses connaissances et ses compétences à plusieurs secteurs. «J’ai tantôt été responsable de production et chargé de clientèle. En restant en CDI, je n’aurais jamais pu obtenir ces différents postes», dit-il.
Côté employeurs, l’intérim peut offrir plusieurs avantges à conditions d’être bien géré. D’abord, il y a la flexibilité. Ainsi, en période de croissance et de forte activité, les entreprises peuvent s’attacher rapidement et à moindre coût les services d’un personnel qualifié et directement opérationnel. C’est aussi un moyen de maîtriser la masse salariale. Un avantage qui doit d’ailleurs beaucoup attirer l’attention des PME.
Par ailleurs, certaines entreprises utilisent l’intérim de plus en plus comme un gisement supplémentaire pour leurs recrutements. Dans plus d’un cas sur trois, selon les professionnels, une mission en intérim débouche sur un CDI, la durée d’intérim jouant alors le rôle d’une véritable période d’essai.
Cette solution est plus particulièrement prisée par les PME qui n’ont pas toujours un service RH suffisamment développé pour satisfaire tous leurs besoins en recrutement.
Cependant, un des problèmes de l’activité d’intérim reste la formation. Très peu de sociétés intermédiaires s’y mettent. «Certaines sociétés d’intérim ont la manie de ne pas s’acquitter des droits sociaux de leurs employés, comment voulez-vous qu’elles investissent dans la formation», s’interroge le DG de Crit. Pour quelques-unes à l’image de 3 N Group, la mise en place d’un centre de formation a plus ou moins régulé le marché. «Nous avons établi des conventions avec des écoles de la place pour mettre en place des programmes de formation spécifiques aux électriciens par exemple ou encore pour des mécaniciens de poids lourds. Les formations de développement personnel ne sont pas en reste puisque nous formons certains de nos intérimaires sur la gestion d’équipe, le savoir-être, la négociation...», explique-t-il.

Certains intérimaires bénéficient des mêmes avantages que les titulaires d’un contrat à durée indéterminée

A en croire les professionnels, le secteur est un gros contributeur en matière de création d’emplois. Actuellement, il est difficile d’avancer un chiffre même approximatif du nombre d’intérimaires au Maroc. L’une des raisons est que la définition de l’activité est très élastique. En principe, l’intérim est l’intervalle de temps pendant lequel un emploi vacant est occupé par une autre personne que son titulaire. On peut aussi l’évoquer dans le cas où une entreprise qui a une hausse d’activité temporaire embauche de la main-d’œuvre supplémentaire pour y faire face. Mais sur la place, tout ce qui concerne le secteur du travail temporaire -qui n’a de temporaire que le nom- est considéré comme de l’intérim. On peut penser particulièrement au gardiennage et au nettoyage. Dans cette conception très large de l’activité, «il serait plus de 100 000 intérimaires, mais il faut compter entre 10 et 20 % d’entre eux qui sont régulièrement déclarés», note Patrick Cohen. En somme, il y a encore moult prestataires qui font fi du code du travail et de la législation fiscale. Des pratiques malsaines qui ternissent l’image du secteur, malgré la bonne foi de certaines sociétés structurées qui essaient tant bien que mal de redorer l’image de l’intérimaire en garantissant un contrat de travail dans une entreprise sérieuse avec un bon salaire et une couverture sociale. Dans certains cas, il arrive que des intérimaires bénéficient des mêmes avantages que les titulaires d’un contrat à durée indéterminée (voiture, téléphone...).


Questions à : Khalid Lahbabi, DRH group - Compagnie marocaine des cartons et des papiers (CMCP) : «Le recours à l’intérim nous permet de nous concentrer sur notre cœur de métier»
«Le recours à l’intérim nous permet de nous concentrer sur notre cœur de métier»

La Vie éco : Votre société fait-elle appel à de l’intérim ? Dans quel cadre ?

CMCP est une entreprise qui produit des emballages en papier et carton pour les secteurs industriel et agricole. Pour adapter nos services à la saisonnalité agricole et aux pics d’activité industrielle, nous faisons appel à de la main- d’œuvre temporaire à travers des sociétés d’intérim. Il nous arrive également d’utiliser des intérimaires pour des postes administratifs qui s’y prêtent, lors d’une absence temporaire de collaborateurs.

Comment jugez-vous cette formule ?

L’intérêt d’utiliser les sociétés d’intérim est d’externaliser la recherche de la main-d’œuvre temporaire, sa préparation à prendre le poste et son suivi administratif. Cela nous permet de nous concentrer sur les opérations de notre métier et sur les conditions sécuritaires de travail. Le fait d’adapter nos ressources à la charge de travail a également un intérêt économique.
L’utilisation des intérimaires est intéressante mais à condition que l’entreprise utilisatrice veille à faire appel à des prestataires sérieux qui respectent toutes leurs obligations légales.

Dans quel cas l’intérim pose- t-il problème chez vous (adéquation au poste, sécurité..) ?

Nos principaux besoins en main-d’œuvre sont d’abord pour des postes de manutention ne nécessitant pas de qualification particulière et notre première préoccupation est de veiller aux aspects de sécurité. Nous insistons pour qu’ils aient des comportements sécuritaires et c’est certainement là notre principale difficulté. De ce fait, nous exigeons de nos prestataires de leur assurer au préalable une formation sécurité et de les munir des EPI (équipement de protection individuelle) adéquats. Pour des postes plus techniques nécessitant une bonne connaissance de l’environnement du travail, nous préférons qu’ils soient réservés à des collaborateurs permanents ou à défaut sous-traiter l’opération à une entreprise avec un cahier des charges. Quand il s’agit d’activités simples nécessitant peu de temps d’adaptation, nous avons fait appel à des intérimaires pour remplacer des personnes temporairement absentes et cela ne pose généralement pas de problème d’adéquation.


lecture : Comment mieux comprendre l’intérim

Mieux protégé par la loi et mieux encadré, le salarié intérimaire a de plus en plus recours à ce mode de travail pour débuter sa carrière, se former, rester actif durant une période de chômage, multiplier les expériences ou même décrocher un CDI... Encore faut-il faire preuve d’adaptation et de sens du relationnel. Grâce aux conseils des experts, le guide pratique «Travailler grâce à l’intérim» aide à postuler au sein d’une agence, à faire valoir ses droits, à réussir ses missions... et à se rendre indispensable ! Les réponses à vos questions. Comment choisir son agence ? Comment rédiger son CV et se préparer à l’entretien ? Comment se caractérise le contrat de travail d’un intérimaire ? Une mission permet-elle de décrocher un poste stable ? Comment faire en sorte que votre agence pense à vous ? Autant de questions que tout futur intérimaire se pose et auxquelles les auteurs du livre répondent.
«Travailler grâce à l’intérim» de Jean-Marc Engelhard et Céline Lacourcelle
Editions L’Express (18 octobre 2006)

Brahim Habriche. La Vie éco


         
 
                         
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