Télévision : Faut-il tout montrer ?



Deux enfants marocains de Khémisset et de Casablanca ont porté le nombre des victimes imitant la pendaison de Saddam à une dizaine.
A 2M, entre déontologie et devoir d'informer, le choix est fait.
Plus de 10 enfants à travers le monde ont trouvé la mort en reproduisant la scène d'exécution de Saddam Hussein, l'ancien président irakien, diffusée le 30 décembre dernier. Le premier cas a été enregistré en Arabie Saoudite où un enfant de 12 ans s'était pendu à la porte du domicile familial à l'aide d'un fil métallique. Au Yémen, deux adolescents ont connu le même sort. Ils étaient deux en Azerbaïdjan et un au Pakistan. Auparavant, dans le village algérien d'Oued Rhiou, un garçon de 12 ans avait été pendu par ses camarades au cours d'un jeu de rôles. Aux Etats-Unis, au Texas, un garçon de 10 ans s'est également donné la mort en voulant imiter l'exécution de Saddam Hussein. Cette vague dramatique a également touché le Maroc, faisant deux victimes âgées de 11 et 15 ans.
Le 17 janvier, un petit garçon de 11 ans a été retrouvé mort, chez lui, dans la ville de Khémisset. En revenant du travail, son père l'a trouvé pendu au plafond. L'enfant, qui s'amusait avec sa petite sœur, avait voulu imiter la pendaison de Saddam Hussein. Se retrouvant seul après le départ de sa sœur pour l'école, il en a profité pour poursuivre son jeu jusqu'à cette fin tragique. À Casablanca, la mort par pendaison d'un adolescent de 15 ans, la semaine dernière, a été attribuée à ce désir subit et contagieux de « faire comme Saddam».
Le décès tragique de ces jeunes repose légitimement la question sur le rôle de la télévision et son impact sur le jeune public. Des jeunes qui ne savent pas faire le distingo entre fiction et réalité, encore moins mesurer les conséquences graves causées par ces images auxquelles ils sont exposés délibérément, sans contrôle parental.

2M, un contrôle rigoureux
des images
Certes, il est difficile d'établir des causalités linéaires entre la télévision et ces drames, puisque le jeune public subit un flux important d'images et de messages violents dans les divers médias. Il n'en demeure pas moins que dans ce cas particulier, la télévision reste le principal accusé vu que c'est le média le plus répandu. Un média qui devient de plus en plus agressif au vu de la compétitivité des chaînes et la course à l'audimat.
Au sein du département d'Antenne à la deuxième chaîne nationale 2M, les programmes sont classés selon quatre catégories : tout public, interdit aux moins de 10 ans, interdit aux moins de 12 ans et interdit aux moins de 16 ans. « Les programmes obéissent à une première restriction, conformément au cahier des charges de la chaîne qui stipule que, de lundi à vendredi, entre 12h et 14h, ne peuvent être diffusés que les programmes tout public, de même que pour les matinées de samedi et dimanche jusqu'à 14 h. Il existe également une deuxième restriction pour les programmes interdits aux moins de 16 ans qui ne peuvent être diffusés qu'à partir de 22h30 », explique Zouheir Zrioui, chef du département Antenne à la chaîne d'Aïn Sbaâ.
Il ne s'agit là que de la partie en aval. En amont c'est un travail très complexe auquel veille ce département : il s'agit notamment de l'exercice complexe de classer les programmes, qu'il s'agisse de documentaires ou de films. « On essaye de voir ce qui se pratique ailleurs. Un film sort en général avec une classification pour chaque public. Mais nous sommes plus exigeants ; ainsi, un service visionne le film et confirme ou non la conformité de cette classification. En cas de doute, une commission consultative de déontologie et des programmes, composée de personnes internes et externes à la chaîne, est convoquée pour statuer en cas de doute de la conformité de classification d'un programme.

Entre le devoir d'informer
et sensibilité, un vrai dilemme
Au niveau de l'information, le choix est plus complexe concernant les images à diffuser.
« Il y a des précautions à prendre. Les chaînes de télévision sont tiraillées entre, d'une part, l'impact de certaines images sur l'éthique et la morale religieuse, et le droit d'informer, d'autre part. Mais des images violentes, il en existe et, parfois, la réalité dépasse la fiction. 2M avait bien reçu les images de l'exécution de Saddam, mais nous avons fait le choix de ne pas les diffuser », explique Samira Sitaïl, Directrice de l'information de 2M.
Elle revient un peu en arrière pour évoquer le tiraillement entre informer et ne pas choquer.
«Lors des attentats du 16 mai 2003 à Casablanca, nous avons été les premiers sur les lieux et avions été repris par les autres chaînes. Nous détenions des images violentes et atroces ; dès lors s'est posée la question de la légitimité de diffuser certaines vues exposant les cadavres des victimes. J'ai décidé de ne pas les passer. Imaginez une famille en train de dîner qui découvre le visage d'un père, frère ou proche parmi les victimes. Nous détenons également des images pénibles des victimes des accidents de la circulation… On se rabat sur les blessés qui témoignent pour passer l'information », témoigne-t-elle.
Si l'information n'est pas le fonds de commerce de 2M, qui a une grille des programmes diversifiée, d'autres chaînes d'information se livrent une concurrence sans merci à la course de l'audimat. «La télévision provoque une attirance et en même temps la répulsion. Certaines chaînes jouent aux racoleurs au risque de balayer toutes les règles d'éthique de la profession dans cette course à l'audience. Mais d'un autre côté, on ne doit pas éloigner et isoler le jeune public de la réalité actuelle. C'est là où les choses se compliquent», continue Samira Sitaïl. Ce besoin d'informer les enfants est également exprimé par les parents. Ainsi, en 92 lorsque 2M diffusait son premier reportage sur la prostitution dans le magazine «A bout portant», la chaîne avait pris toutes les précautions pour ne pas dévoiler le thème de l' émission et a veillé à le diffuser à 21h 30. «Nous avons émis un avertissement que ce reportage était interdit aux âmes sensibles ; il n'y avait certes pas d'images hard, mais nous ne savions pas quelle serait la réaction du public. Le lendemain, nous avons reçu des coups de fil de parents qui, au contraire, auraient aimé que leurs enfants regardent ce reportage pour connaître la réalité de la chose et qu'ils se sentent concernés. Maintenant, on agit différemment, mais la question se pose toujours. Faut-il informer sur la réalité brutale ou bien veiller à ce qu'aucune image ne heurte le public ? C'est la grande question !»,
conclut-elle.


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