Seuls 6% des salariés du privé gagnent plus de 10 000 DH nets par mois !



Le salaire médian dans le privé est de 2 377 DH par mois contre 6 400 DH dans la fonction publique. 83% des salariés du privé perçoivent entre 500 et 5 000 DH. Plus de la moitié des fonctionnaires touchent 6 000 DH et plus.

On gagne mieux sa vie dans le public que dans le privé. Ce constat peut paraître farfelu lorsqu’on se représente les archétypes des deux secteurs : le chaouch et le salarié de banque. Cette image d’Epinal ne résiste pourtant pas à la statistique. Celle-ci nous montre en effet que dans la fonction publique le salaire mensuel net moyen en 2012 est de 7 200 DH, alors que dans le privé, il n’est que de 4 500 DH. Mais précisons d’emblée que cette situation n’est pas propre au Maroc, elle s’observe partout ailleurs, y compris dans les pays développés comme la France où les salariés du privé, en moyenne, gagnent moins que ceux de la fonction publique. A cette différence près, et elle est de taille, qu’en France l’écart entre les deux reste très faible : 1 770 euros par mois dans la fonction publique (étatique, territoriale et hospitalière) et 1 563 euros dans le privé (chiffres de 2010). Evidemment, il ne s’agit que de moyennes, puisque dans la fonction publique étatique, les rémunérations sont plus élevées que dans l’administration territoriale, sans parler des écarts, parfois notables, qui existent entre les revenus des uns et des autres, suivant le grade de chacun.

Ce raisonnement vaut bien sûr pour le Maroc, et de ce point de vue, la notion de moyenne est trompeuse ; et elle l’est d’autant plus que le pays connaît une forte concentration des revenus et des richesses.

32% des salariés déclarés à la CNSS touchent moins de 2001 DH

C’est la raison pour laquelle, l’indicateur le plus à même de donner une image plus proche de la réalité est celui du salaire médian. Dans le secteur privé marocain, du moins celui qui apparaît dans les tablettes de la CNSS, le salaire mensuel médian s’élève à 2 400 DH. Autrement dit, et c’est le sens du salaire médian, 50% des salariés déclarés à la CNSS touchent moins de 2 400 DH par mois et 50% perçoivent plus. Dans la fonction publique, en revanche, le salaire médian est d’environ 6 400 DH, soit 2,7 fois plus que dans le privé.

Le découpage des salaires par tranche montre que dans le privé, 83% des salariés perçoivent entre 500 DH et 5 000 DH par mois. Cette tranche n’a pas son équivalent dans la fonction publique, car ici il n’y a pas de salaire inférieur à 2 800 DH par mois (celui-ci est désormais le salaire minimum dans le public), tandis que dans le privé, même si le salaire minimum, le SMIG, existe en théorie, un travailleur peut percevoir moins que ce minimum. Pour une raison simple : le SMIG est horaire et un salarié peut être amené à travailler un nombre limité d’heures, moyennant quoi il gagnera moins que les 2 330 DH de SMIG mensuel (lequel n’existe que dans la seule hypothèse d’un travail plein). La preuve : dans la classification des salaires par tranche, on constate que 32% des 2,54 millions de salariés déclarés à la CNSS en 2011 sont situés dans la tranche de salaire comprise entre 1 et 2 000 DH par mois ! 6% des salariés touchent encore entre 1 et 1 000 DH par mois. Seulement 6% des salariés, soit 152 000 personnes, perçoivent plus de 10 000 DH (voir tableau).

Dans la fonction publique, les fonctionnaires qui ont une rémunération de plus de 10 000 DH représentent 26% de l’effectif budgétaire civil, soit, en valeur absolue, environ 151 000 personnes, comme dans le privé.

Le taux d’encadrement dans le public dépasse 60%, il est à peine de 20% dans le privé

Deux facteurs principaux expliquent ces différences entre le public et le privé. D’abord, dans la fonction publique, le taux d’encadrement est aujourd’hui assez conséquent : il est de 60,25%, au lieu de 41% en 2003. En près de dix ans, il a donc progressé de près de 20 points. L’opération des départs volontaires à la retraite du personnel civil de l’Etat en 2006 (environ 40 000 personnes), même si elle est aujourd’hui critiquée par certains en raison du coût énorme qu’elle a engendré, notamment pour la Caisse marocaine des retraites, a permis, il faut le dire, de mieux choisir les profils lors des recrutements qui ont été effectués depuis cette date. L’autre facteur, ensuite, qui a permis une progression du taux d’encadrement dans l’administration et, in fine, l’augmentation des niveaux de rémunération, ce sont les résultats des accords du dialogue social. Ces accords ont permis, d’une part, d’assouplir les conditions d’avancement et de promotion (4 révisions ont été opérées dans ce sens depuis 2005) donnant lieu à une hausse des rémunérations des concernés : 2,6 milliards ont été affectés à l’avancement des fonctionnaires en 2012, et 3,6 milliards par an, en moyenne, sont prévus à cet effet d’ici à 2016. Le dialogue social a permis, d’autre part, des «revalorisations successives et substantielles» des rémunérations, comme le reconnaît le ministère des finances lui-même : 7,8 milliards de DH entre 2003 et 2007, 19 milliards de DH entre 2008 et 2010 et 13,2 milliards de DH en 2011 (dont les fameux 600 DH par mois et par fonctionnaire). Tout cela explique le rythme très accéléré de la masse salariale dans la fonction publique : 7% de croissance annuelle moyenne depuis 2003, un rythme bien supérieur à celui du PIB, lequel a augmenté de 4,7% en moyenne durant la même période.

Dans le privé, le salaire moyen -déclaré, s’entend- croît lui aussi, bien sûr, mais à un rythme plus faible que dans le public (voir graphique). La principale raison à cela tient sans doute au fait que l’essentiel du tissu entrepreneurial marocain (plus de 95%) est composé de PME-PMI, avec un taux d’encadrement encore très faible : 20% tout au plus. Ce phénomène de sous-encadrement, soit dit en passant, est d’ailleurs régulièrement pointé du doigt par les différents rapports, qu’ils soient nationaux ou internationaux, qui traitent des entreprises marocaines et du climat des affaires en général. On en est encore à privilégier la compétitivité par les coûts salariaux (dans le sens de leur compression), ce qui explique, par ailleurs, la faible valeur ajoutée des produits marocains à l’export.

Les gouvernements précédents avaient pourtant mis en place un dispositif fiscal, toujours en vigueur d’ailleurs, qui encourageait l’amélioration du taux d’encadrement des entreprises par le biais de l’exonération des charges pour les nouvelles recrues issues de l’enseignement supérieur.

C’est certainement en raison de ces écarts de rémunérations entre le public et le privé, en plus de la sécurité de l’emploi, que les diplômés cherchent par tous les moyens à rejoindre la fonction publique, étatique de préférence (les chiffres utilisés ici ne concernent pas, du reste, la fonction publique territoriale).

Maroc : Un salaire de 3.5 fois le PIB par habitant dans le public

Le PIB par tête d’habitant au Maroc s’élève à 2 100 DH par mois (25 200 DH par an), selon le ministère des finances. Les fonctionnaires, grâce notamment aux multiples revalorisations de leurs rémunérations obtenues dans les accords du dialogue social, disposent d’un salaire moyen net qui représente 3,5 fois le PIB par habitant.

En Turquie, le salaire net moyen est égal à 2 fois le PIB par habitant, tandis qu’en France, les deux grandeurs sont à peu près au même niveau (les comparaisons internationales des niveaux de PIB, et d’autres indicateurs aussi, sont toutefois à prendre avec beaucoup de précaution).

Ce n’est pas une raison, cependant, de conclure précipitamment que les fonctionnaires marocains sont trop bien payés. Cela peut tenir aussi au niveau du PIB lui-même, qui reste modeste, il faut bien le dire (quelque 100 milliards de dollars en 2011, selon le FMI). C’est la raison pour laquelle d’ailleurs la part de la masse salariale de l’Etat dans le PIB reste relativement élevée : 11%. Même lorsqu’il y a eu l’opération des départs volontaires à la retraite, ce ratio n’est jamais descendu en dessous de 10%. Et puis, c’est déjà évoqué, l’amélioration du taux d’encadrement dans l’administration, implique, ipso facto, une amélioration parallèle des salaires. C’est d’ailleurs en améliorant les rémunérations que l’on parvient à attirer les cadres et à retenir ceux qui sont déjà là.

Salah Agueniou
www.lavieeco.com

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