Pesticides agricoles : le bromure de méthyle définitivement éliminé

Ce produit n'est plus utilisé dans l'ensemble de la production agricole marocaine. La tomate a été la première culture à être traitée. La solarisation, la bio-fumigation, le compost de haute qualité et le greffage sur des racines résistantes sont les quatre solutions de remplacement.



Pesticides agricoles : le bromure de méthyle définitivement éliminé
Tomate, cucurbitacées (melon, concombre, courge, etc.), poivrons, aubergine, banane, fraise, haricot vert mais aussi fleurs coupées…, aucune production agricole marocaine ne manque désormais à l’appel : toutes ont en effet désormais exclu pour de bon l’utilisation de bromure de méthyle comme pesticide fumigeant. Ce résultat tant attendu, en particulier par les partenaires importateurs de produits agricoles marocains, a été rendu possible grâce à un vaste programme mené par l’Organisation des Nations Unies pour le développement industriel (ONUDI). En septembre prochain, le projet baptisé «Élimination du bromure de méthyle sur les tomates, haricots et cucurbitacées» sera officiellement clôturé. Depuis les débuts du programme, avec le lancement d’abord de projets pilotes dès 1997 puis son démarrage officiel en 2001, jusqu’à sa clôture aujourd’hui, il aura donc fallu plus de dix ans pour convertir l’ensemble de la production agricole marocaine, en priorité celle destinée à l’export mais aussi celles destinées au marché local, à des alternatives à l’utilisation de bromure de méthyle.

Quatre alternatives ont remplacé ce gaz toxique

Mené en partenariat sur place avec l’Association marocaine des producteurs et exportateurs de fruits et légumes (APEFEL), basée à Agadir, et l’ancienne Direction de la protection des végétaux, du contrôle technique et de la répression des fraudes (DPVCTRF) du ministère de l’agriculture et de la pêche maritime, devenue Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA), le programme de l’ONUDI a bénéficié d’un financement de 9,4 millions de dollars, soit près de 80 MDH, mobilisé auprès des fonds multilatéraux et bilatéraux, dont les coopérations française, allemande et italienne. Une contribution nationale a également été apportée.

Interdit par le Protocole de Montréal, dont le Maroc a ratifié les textes en 1992 puis les amendements en 1995, ce gaz toxique fait surtout partie de ceux qui détruisent la couche d’ozone. La convention internationale, signée par 195 autres pays, impose, entre autres, l’interdiction d’utiliser le bromure de méthyle à l’horizon 2015. L’Union européenne, principale destination des produits agricoles exportés depuis le Maroc, est allée plus loin en demandant au Maroc d’en interdire l’utilisation dès 2010. Le programme mené par l’ONUDI s’est donc d’abord attelé à la tomate, avant de concerner dans sa dernière phase les haricots verts et les cucurbitacées. Plus grande consommatrice de bromure de méthyle, la tomate est aussi l’un des produits agricoles les plus exportés depuis le Maroc. La moitié de la production est ainsi destinée au marché international, et la moitié du bromure de méthyle lui était destinée. Dès fin 2009, la tomate marocaine n’utilisait donc plus de bromure de méthyle. Dès 2012, les haricots verts et les cucurbitacées ont suivi le mouvement.

Un centre de transfert de technologie à Agadir

Au final, depuis les débuts du projet, 673 tonnes de bromure de méthyle ont été éliminées. En lieu et place de ce dernier, quatre alternatives n’utilisant pas de produits chimiques ont été choisies : la solarisation, la bio-fumigation, le compost de haute qualité et le greffage sur des racines résistantes. L’une ou l’autre solution, voire deux combinées, sont choisies en fonction du produit cultivé. «Il est important de souligner que ces procédés ont permis, d’une part, de respecter les engagements du Maroc vis-à-vis du Protocole de Montréal et ont montré, d’autre part, de nombreux avantages d’un point de vue économique (réduction des coûts et génération des revenus), environnemental (réduction des émissions de méthane, utilisation efficace de l’énergie et de l’eau, réduction de l’érosion du sol, etc.) et social (santé humaine améliorée ainsi que les conditions sociales de la région)», résume Jaime Moll de Alba, représentant au Maroc de l’ONUDI.

Pour parfaire la mise au point de ces quatre technologies, des tests ont été réalisés au Centre de transfert de technologie (CTT), situé à Agadir et mis en place en marge du programme. Ce centre géré par l’Apefel dispose d’une équipe de 20 personnes, dont 3 ingénieurs et un technicien de laboratoire, et s’autofinance grâce aux contrats signés avec des entreprises locales, telles des distributeurs de produits chimiques, entreprises d’eau et d’irrigation ou encore fabricants des engrais. En menant des essais sur place grâce au laboratoire et à ses pépinières, le centre permet d’identifier les solutions les plus performantes à utiliser. Plus de 1 000 personnes ont déjà visité le CTT depuis la campagne 2011/2012. L’ONUDI ambitionne d’intégrer le CTT dans le circuit international d’experts dédiés à la question, et réfléchit au lancement d’un programme qui favoriserait la généralisation de l’utilisation de compost de haute qualité sur l’ensemble des cultures marocaines.

En tout cas, pour éviter toute intention de retour aux vieilles habitudes, le Maroc a interdit depuis le 1er janvier 2013 l’importation de bromure de méthyle.
 

Anne-Sophie Martin
www.lavieeco.com



         
 
                         
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