Nouveau gouvernement, 350 postes à pourvoir pour les cabinets ministériels



Aucun diplôme n'est exigé pour intégrer un cabinet. Les conditions d'accès plus rigoureuses pour les chargés d'études, mais ils sont souvent recrutés pour contourner le plafond de conseillers fixé par la loi. Les salaires vont de 8 000 à 16 000 DH bruts par mois, mais des compléments substantiels sont accordés sous forme d'indemnités de déplacement.

La nomination d’un nouveau gouvernement s’accompagne souvent de grands changements au niveau des cabinets ministériels. Ils sont chefs de cabinet, conseillers techniques en charge de dossiers spécifiques, conseillers juridiques ou en communication, ou encore des secrétaires particuliers. Derrière l’équipe gouvernementale exposée en permanence aux feux des projecteurs, gravitent un peu plus de 350 collaborateurs qui travaillent dans l’ombre.

En effet, le législateur, qui s’est inspiré de l’expérience française, a doté tout membre du gouvernement d’un cabinet constitué de personnes qui lui sont proches sur le plan politique et qui seront surtout chargées de mission qu’il ne peut demander à de simples fonctionnaires.
Aussi, le Premier ministre (selon les textes en vigueur, en l’occurrence le dahir 1.74.331 du 23 avril 1975) peut recruter un chef de cabinet, six conseillers techniques, un chargé de communication et un chef de secrétariat particulier. Le ministre (ou ministre délégué), lui, dispose du même staff avec un conseiller technique en moins. Tandis que l’équipe du cabinet affectée au secrétaire d’Etat est réduite à un chef de cabinet et deux conseillers techniques.

Un chargé d’études doit avoir au moins une licence

En outre, les membres du gouvernement ont la possibilité de faire appel aux services de chargés d’études ou chargés de mission, qui ont en fait le même statut que les conseillers. Si, en général, les ministres se conforment au respect de la réglementation au niveau des cadres officiellement affectés au cabinet, ils n’hésitent pas à renforcer leur équipe par le biais des postes de chargés d’études. Cela explique d’ailleurs l’effectif élevé des cabinets ministériels. Le législateur n’a pas défini en fait un seuil de contrats à conclure avec cette catégorie d’assistants. Aussi, en recense-t-on plus d’une vingtaine auprès de la Primature et plus d’une dizaine dans certains grands départements ministériels.
La mission d’un cabinard prend fin avec celle du mandat de son patron. C’est pour cette raison que son personnel bénéficie d’un traitement particulier au niveau du recrutement. Il est tout simplement exonéré des procédures contraignantes d’embauche auxquelles sont soumis normalement les agents et cadres de la fonction publique. Une simple photocopie de la carte nationale suffit. Pour les chargés d’études et de mission, la procédure est un peu plus exigeante au niveau des compétences. Il est nécessaire d’avoir au moins une licence (ou un diplôme équivalent) et une expérience professionnelle d’au moins dix ans, que ce soit dans le secteur privé ou dans la fonction publique après l’obtention du diplôme. Pour les titulaires d’un diplôme de 3e cycle, l’expérience professionnelle exigée est ramenée à un minimum de cinq ans après l’obtention du diplôme.

Incertitudes à propos des compléments de salaire

Mais si la procédure d’embauche dans les cabinets ministériels est exemptée de la rigueur appliquée dans la fonction publique, il n’en est pas de même pour la gestion de leur rémunération. Celle-ci est strictement régie par le Trésor. Le salaire mensuel brut du chef de cabinet est fixé par la loi à 16 000 DH et celui du conseiller et du chargé d’études à 12 000 DH. Quant au chef de secrétariat particulier, il perçoit 8 000 DH bruts. Il faut ajouter à cette rémunération toutes les augmentations consenties ces trois dernières années dans le cadre du dialogue social et qui peuvent aller de 500 à 1 000 DH.  Ces salaires sont loin d’être alléchants. Mais notre administration a donné naissance à un système D. Aussi, la plupart des membres perçoivent régulièrement des indemnités forfaitaires de déplacement ou kilométriques pour des missions qui ne sont souvent pas effectuées réellement. Celles-ci vont de 2 000 DH à 15 000 DH supplémentaires par mois.
Par ailleurs, la mission des membres de cabinet est limitée par le même texte de loi (dahir 1.74.331) dans le conseil et l’appui politique au ministre. Ils sont appelés à élaborer des études et à régler les questions d’ordre politique qui n’ont aucun rapport avec les prérogatives confiées aux différents services du ministère. Selon le même dahir, ils ne doivent être en aucun cas associés à la gestion administrative ou technique ainsi qu’à l’émission d’instructions aux fonctionnaires. Mais en pratique, les membres de cabinet peuvent outrepasser ce statut et s’impliquer davantage dans le fonctionnement administratif des ministères. Le plus souvent, il pilotent des dossiers pour le compte du ministre et sont donc appelés à travailler de concert avec les directeurs.

Catégories de cabinards : Les chats, les singes et les chiens

Selon le jargon en vogue en France, il existe trois grandes catégories de cabinards : celle des «chats», les cabinards de cette catégorie étant attachés au domicile. Elle regroupe des cadres compétents qui, grâce à la maîtrise de certains dossiers, parviennent à garder leurs postes malgré le changement des ministres. Généralement, ils sont à la base fonctionnaires du même département. La deuxième catégorie comprend des membres dits «singes» car ils sautent d’un ministère à un autre. Ayant développé un savoir-faire et un réseau relationnel notamment dans le domaine parlementaire ou budgétaire, ils arrivent à conclure des contrats, aidés en cela par l’appui de partis politiques. Et toujours selon la métaphore, il y a les «chiens», ces cabinards attachés à la personne du ministre. Spécialisés en politique et en communication, ils suivent leur patron là où il va, sinon, ce dernier s’arrange pour leur trouver une place au sein d’un autre cabinet ministériel.

Hakim Challot
www.lavieeco.com


         
 
                         
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