Marché de l'emploi : Trouver un job décent permettant une évolution de carrière, un bon salaire... zoom sur la zapping génération



Le Maroc compte une population jeune qui aspire à de meilleures conditions de travail et à la multiplication des chances de trouver un emploi décent pour subvenir à leurs besoins et aussi pour aider financièrement leurs familles. Leur principale attente est de garantir un revenu mensuel. Pour ceux qui sont encore en formation, ils veulent pouvoir avoir des emplois à mi-temps pour aiguiser leurs compétences et se faire, par la même occasion, un peu d'argent de poche.

Le ministre de la Jeunesse a soulevé la semaine passée lors du Forum de Paris que «nos jeunes sont physiquement présents au Maroc mais virtuellement connectés avec l'étranger». Il a également souligné que 65% de la population ont moins de 35 ans.
C'est dire que la vision des jeunes a beaucoup changés comparés à leur prédécéssuers. D'où la nécessité d'une nouvelle approche pour répondre à leurs besoins et les réconcilier avec le monde politique et les partis. Ces jeunes aspirent également, en plus d'un emploi stable, à une bonne rémunération et aussi à un bien être. Ce n'est pas pour rien qu'on appelle ceux qui sont nés entre 1978 et 1994 la «zapping génération».

Au sein même des entreprises, leur intégration s'avère difficile et désoriente les managers. D'après les auteurs du livre «Manager la génération Y avec les neurosciences», ces jeunes professionnels sont ainsi très souvent décrits comme peu travailleurs, peu soucieux de la hiérarchie, individualistes et sans attachement à l'égard de l'entreprise, etc. Certes, cet ouvrage traite des jeunes français, mais les marocains ont presque les mêmes caratéristqiues.
Donc finie, la gestion du personnel à l'ancienne. De nouveaux challenges attendent les managers. Ainsi attirer cette jeune génération très mobile s'avère difficile mais les fidéliser c'est encore pénible, soulignent les spécialistes.
D'après, Ali Serhani, Consultant RH et associé de Gesper Services, «les managers peuvent fidéliser ces cadres en les responsabilisant et en leur faisant confiance mais bien sûr en les encadrant de bout en bout, ce qui nécessite un grand effort de la part de toutes les parties prenantes.
Je dirai qu'il faut leur donner le goût et le plaisir du travail dans l'entreprise».
Ceci dit le marché du travail est ouvert mais à conditions que les profils soient à la hauteur. Les entreprises, face à une montée en puissance de la concurrence et de la flambée des matières premières, sans parler des effets de la crise subis à travers la baisse de la demande étrangère, recherchent plus des profils « tous terrains » polyvalents, des profils « qui en veulent », parfaitement bilingues sinon trilingues (L'anglais est devenu une nécessité), des profils qui par exemple pourraient, entre autres, coller parfaitement au « Plan émergence » sur lequel le pays compte beaucoup pour son décollage économique industriel et enfin technologique, dira le consultant.
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Ali Serhani • consultant RH Associé, Cabinet Gesper Services

Quelles sont les attentes de nos jeunes en matière d'emploi ?

Nous avons deux cas qui se présentent. Le premier peut se résumer comme suit: lorsqu'un jeune est issu d'une université ou d'une école supérieure marocaine, son souci premier est d'intégrer une entreprise structurée avec un salaire décent et l'espoir d'une bonne évolution de carrière. Le second cas: le jeune issu d'une grande école française, anglaise ou américaine et avec une expérience de deux ou trois années, souhaite rentrer au Maroc mais pour y occuper un poste de cadre car ayant conscience d'avoir « un plus » puisque généralement, le stage et l emploi qu'il a occupés lui confèrent certains « acquis solides » surtout s'il les a effectués dans des entreprises de renom.
Voici en deux mots les attentes des diverses franges composant notre jeunesse. Le premier cas est majoritaire et c'est lui qui nous intéresse le plus. Donc, pour les jeunes d'aujourd'hui, l'essentiel est de trouver un premier job qui leur permet de mettre les pieds dans le monde de l'entreprise et puis après, l'évolution de leur carrière, c'est eux qui la font. En deux mots, je leur dirais : « Montrez ce que vous savez faire et le reste suivra... ».

Qu'est-ce qui bloque la mise en place des emplois à mi-temps ?

Laissons de côté le ''légal de la chose'' car en réalité, ce n'est pas un souci puisque dès que le besoin se fera ressentir, le nécessaire sera fait par les pouvoirs publics si cela s'avérerait nécessaire pour développer et encourager ce genre d'emplois.
Le véritable problème est plutôt culturel puisqu'en général, on refuse un emploi à mi-temps car dans notre subconscient, il constitue une sorte de chômage partiel si j'ose dire, surtout que le salaire ''ne suit pas'' car vous êtes payé proportionnellement au temps passé, c'est-à- dire à moitié.
Nous ne sommes pas en Europe, aux USA où les gens cumulent plusieurs emplois, hors VRP, et de la manière la plus légale qui soit, sans oublier que cela fait partie de leur culture. Tous nos jeunes et moins jeunes voudraient un emploi à plein temps en bonne et due forme, ce qui est tout à fait logique, question de stabilité sociale de l'individu. J'aime bien le terme utilisé en arabe « Al Istiqrar » qui est un peu synonyme de sécurité.

Qu'est-ce qui explique le dédain d'une partie de la jeunesse vis-à-vis des jobs manuels ?

Pour être sincère, la complexité de notre mentalité. Personne n'ose dire qu'il est maçon, plombier, menuisier, peintre, etc. surtout s'il a fait des ''études poussées''.
Regardez autour de vous les gens qui ont fait des études puis se sont convertis dans des métiers dits manuels. Ils vous diront toujours: « J'ai une entreprise de plomberie ou de menuiserie ou de travaux publics », etc. Ils ne vous diront jamais qu'ils sont plombiers ou maçons ''car ce n'est pas bien vu'', or, c'est la pire des bêtises que peuvent commettre ces jeunes. Aujourd'hui, un bon menuisier ou un bon plombier peut se faire plus d'argent qu'aucun Bac+6 ne pourrait se faire dans un laps de temps aussi court. Regardez autour de vous et vous verrez. Cela me rappelle un discours de feu Sa Majesté Hassan II en 1987 et dans lequel il avait dit en des termes très clairs qu'il ne se faisait aucun souci pour les jeunes qui poursuivent leurs études dans la formation professionnelle. Aujourd'hui, les divers corps de métiers que je côtoie à titre privé dans divers domaines nous en donnent la preuve. Ils se portent bien que ce soit le mécanicien, le plombier ou l'électricien. Donc vous aimez la mécanique, l'électricité, la menuiserie ou la plomberie, dites tout simplement: ''Je veux en faire mon métier et donc mon gagn- pain. J'y associerai le sérieux et l'honnêteté...
La réussite sera au rendez-vous...

Comment faire pour répondre aux attentes des jeunes dans le contexte économique actuel (crise oblige ?

Tout d'abord, le contexte économique actuel est ce qu'il est, le monde entier le subit, donc nous ne pouvons en aucun cas faire exception. Par contre, ce qui me surprend, c'est que nous recevons de plus en plus d'excellents CV de ressortissants étrangers notamment français et espagnols qui désirent s'installer au Maroc et tenez-vous bien qui souhaiteraient travailler selon les grilles salariales pratiquées dans nos entreprises locales (grandes entreprises nationales ou filiales de multinationales).

Ils veulent venir s'installer, non parce que leurs conjoint sont marocains, mais tout simplement parce que la crise se fait ressentir durement en Europe, un continent à 2 heures de nos côtes et parce qu'ils trouvent dans notre pays « une bonne qualité de vie et surtout une stabilité sociale que d'autres pays n'ont pas». Un exemple concret qui nous a beaucoup frappés ces derniers temps, c'est lorsque nous avons adressé une demande de CV à deux très grandes écoles françaises en précisant que nous mettons l'accent sur les diplômés marocains, nous fûmes surpris de recevoir pas moins de 124 excellents CV de nationalités autres que marocaine. Ceci est d'autant étonnant que nous avions précisé que les salaires pratiqués au Maroc sont compatibles avec les grilles locales et donc loin de ceux pratiqués en Europe.

Voila pour ce qui est du contexte économique... Pour revenir à nos jeunes, je ne peux me permettre d'être un donneur de leçons et je ne souhaiterais pas faire partie de ces gens qui vous disent à longueur de journée: « Il faut faire ceci ou il faut faire cela », alors que dans la pratique, lorsque vous les mettez devant le fait accompli et que vous leur dites : « Allez-y mesdames et messieurs, vous qui vous y connaissez en tout et puisque vous êtes experts en matière de critiques, montrez-nous ce que vous savez faire », vous constaterez alors que c'est le vide total. Ils figurent tout simplement parmi les abonnés absents.
En deux mots, je pense que les pouvoirs publics ainsi que la CGEM sont mieux placés que moi pour apporter une réponse adéquate à votre question. Cependant et puisque vous tenez à savoir depuis le début de cette interview, mon avis, je vous dirai tout simplement que je reprendrai un peu ce qui se dit depuis plusieurs années dans notre pays.

Sans rien vous apprendre ni à vous ni à vos lecteurs, je dirais, primo, une bonne orientation de nos jeunes et, secundo, encourager le secteur privé à apporter sa pierre à l'édifice car aujourd'hui, nous parlons de plus en plus de responsabilité sociale et sociétale de l'entreprise, de bonne gouvernance, l'œuvre de ce secteur privé sera avant tout citoyenne mais pragmatique. Malgré que les entreprises ne soient pas des associations philanthropiques, leur contribution à la formation de reconversion de nos jeunes serait un apport sans précédent dans la participation à la résorption du chômage des jeunes.
Tertio, trouver une solution à ces jeunes fraichement diplômés et qui ont toutes les peines du monde à trouver un emploi du fait de l'absence d'expérience professionnelle et à qui on répète chaque fois qu'ils se présentent à un entretien le refrain suivant : « Nous sommes désolés mais vous n'avez aucune expérience professionnelle».

Le matin


         
 
                         
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