Les exportateurs d'équipements automobile, peinent à redresser la barre

Leur activité est toujours bridée par la crise qui sévit en Europe. Les fournisseurs des marques comme Jaguar et Ford tirent leur épingle du jeu. Certaines sociétés maintiennent le cap grâce à la dynamique enclenchée par Renault.



Les exportateurs d'équipements automobile, peinent à redresser la barre
Les pouvoirs publics le présentent souvent comme l’un des métiers mondiaux du Maroc qui marche le mieux. Il est pourtant loin de connaître une vie complètement rose. Il s’agit du secteur des équipementiers automobile au sein duquel les opérateurs ne reflètent pas tous la bonne santé du secteur que laissent entrevoir les statistiques officielles. L’exercice 2012 a en effet rappelé aux opérateurs orientés vers l’export que la crise ne s’est pas encore totalement dissipée.

«L’année 2012 rappelait celle de 2008 où la crise battait son plein», témoigne un des équipementiers majeurs présents au Maroc. En fait, la situation dans le secteur se caractérise surtout par une différenciation entre l’évolution de l’activité des opérateurs orientés vers le marché local, travaillant notamment avec le constructeur français Renault, et ceux qui dépendent des donneurs d’ordre étrangers. Ces derniers, quand ils ont comme clients des opérateurs espagnols, portugais ou italiens, ne connaissent pas en effet une période facile et le début de l’année 2013 n’a fait que confirmer la tendance de 2012. C’est du moins ce que l’on rapporte auprès des équipementiers. Selon Redouane Kharibach, directeur général de Yazaki Maroc, «durant le mois de mars une légère reprise s’est faite ressentir au niveau des carnets de commande. Cependant, elle reste pour l’instant peu significative et ne permet pas encore d’entrevoir un véritable retournement de tendance». Notons que l’Espagne, à elle seule, draine près d’un tiers des exportations marocaines en équipements automobiles.


Le Maroc joue toujours la carte des bas coûts

Or, l’industrie automobile dans le pays, à l’instar des autres secteurs économiques, traverse une période de turbulences qui ne manquent pas de se refléter sur les équipementiers marocains. Idem pour d’autres pays européens où le niveau du pouvoir d’achat des ménages a freiné la croissance des ventes automobiles, et par conséquent réduit l’activité des constructeurs. Seuls arrivent à s’en sortir les constructeurs basés au-delà de la Méditerranée, à l’instar de Ford ou encore de Jaguar qui arrivent à tirer leur épingle du jeu, tirant avec eux vers le haut la demande auprès des équipementiers marocains. «Tout dépend donc de la politique commerciale des équipementiers», résume Redouane Kharibach.

Ceci pourrait donc être une explication concrète aux statistiques présentées par les pouvoirs publics... mais pas la seule ! Selon l’Observatoire marocain de l’industrie, les exportations du secteur de l’automobile ont en effet bondi de 10% sur les trois premiers mois de l’année, générant un chiffre d’affaires de plus de 6,8 milliards de DH. Ce chiffre inclut bien évidemment les exportations de voitures produites au Maroc et que la montée en puissance progressive de l’usine de Renault à Tanger a sensiblement boosté .

Il faut dire qu’en dépit de la crise, le Maroc peut encore rattraper le coup. C’est du moins ce que l’on fait valoir auprès des opérateurs. Il s’avère en effet que le Maroc n’a pas encore exploité tout le potentiel que lui a offert la crise politique dans certains pays concurrents de la région Afrique du Nord. Alors que plusieurs d’entre eux continuent à souffrir d’une instabilité politique qui ne manque pas de se refléter sur leur tissu industriel, le Royaume, lui, continue de jouir d’un environnement favorable, non seulement pour les opérateurs marocains, mais également pour attirer des investisseurs étrangers dans le secteur des équipements automobile. De plus, la rude concurrence des opérateurs basés dans les pays de l’Europe de l’Est semble s’essouffler en raison des coûts qui tendent à devenir de plus en plus élevés dans cette zone. D’ailleurs, si l’on se fie à une récente étude sur le secteur de l’Observatoire de l’entreprenariat, l’une des forces majeures de l’industrie automobile au Maroc est justement les coûts moins élevés de la main-d’œuvre, sachant que les compétences dans ce domaine sont plutôt disponibles. C’est la carte qu’est censé aujourd’hui exploiter le Royaume. «Il faudrait, d’un côté, nouer un partenariat entre les opérateurs et les pouvoirs publics de manière à concevoir des packages complets à offrir aux investisseurs intéressés. D’un autre côté, il faudrait faire preuve de plus d’agressivité commerciale sur les marchés cibles en vue de séduire de nouveaux donneurs d’ordre», poursuit Redouane Kharibach.

Du côté de l’Association marocaine de l’industrie automobile (AMICA), la réflexion va bien au-delà. L’AMICA propose la mise en place d’un contrat programme qui permettrait d’accompagner à la fois les équipementiers, dont l’activité est dépendante de Renault, mais également des exportateurs.

Des opportunités à saisir

Dans son étude sur les équipementiers automobile marocains, l’ODE a dressé une analyse SWOT qui permet de cerner les forces et les faiblesses du secteur. Ainsi sont répertoriés comme atouts la main-d’œuvre peu coûteuse, le faible coût de production, le tissu industriel renforcé, le positionnement du Maroc comme «porte d’entrée» sur les marchés africains ou encore la proximité des principaux centres de productions automobile, notamment en Europe. La mise en marche du projet Renault, le fort accompagnement de l’Etat, la volonté des équipementiers étrangers de s’installer au Maroc et la conclusion de plusieurs accords de libre-échange sont pour leur part considérés comme les principales opportunités sur lesquelles le Maroc peut capitaliser pour dynamiser son secteur des équipementiers. En revanche, là où des efforts restent à faire, c’est principalement dans la recherche & développement, le recours aux homologations des produits et dans la mise à niveau technologique. Il faudrait également se méfier des capacités de production limitées comparativement aux autres pays concurrents, ainsi que de la crise qui persiste en Europe et qui menace la croissance des ventes de voitures.
 

Younes Tantaoui
www.lavieeco.com



         
 
                         
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