Le secteur public et semi-public n'emploie plus que 8.5% des actifs occupés



Le secteur public et semi-public n'emploie plus que 8.5% des actifs occupés
Sur les 10.4 millions d'actifs occupés, plus de 90% travaillent dans le privé. L'agriculture continue d'occuper une place prédominante dans le volume globale de l'emploi. La faible qualité des emplois créés, reflet des structures économiques.

Qui emploie combien au Maroc ? La réponse peut sembler aussi évidente que la question est anodine. Pas si sûr que cela ! Il suffit d’observer, sur la durée, l’évolution de l’emploi par secteur et son poids dans le stock total de l’emploi au Maroc pour se rendre compte d’une chose : contrairement à une idée reçue, l’emploi dans le secteur public et semi-public est sur une tendance baissière depuis plusieurs années. Mais, il faut le préciser tout de suite, il s’agit ici d’une baisse en proportion. Dans l’absolu, le volume de l’emploi dans le public et le semi-public est à peu près stable, ce qui signifie que les recrutements compensent tout juste les départs à la retraite (ou à la pré-retraite).

Quelle est donc la part actuelle de l’emploi dans ce secteur dans l’emploi total ? Elle est de 8,5% selon les dernières statistiques du Haut commissariat au plan (HCP) relatives à l’année 2010, soit 884 425 personnes (selon nos calculs) se répartissant entre l’administration publique et les collectivités locales (7,7% du total emploi), et les entreprises publiques et semi-publiques (0,8% du total). Ces proportions ne sont pas en baisse seulement par rapport à 2009 (où elles étaient respectivement de 8,3% et 0,9%), mais également par rapport aux années antérieures. En dix ans (entre 2000 et 2010), en effet, la part de l’emploi public et semi-public dans l’emploi total a perdu près de deux points, en passant de 10,3% à 8,5%. Mais, encore une fois, en termes de stock, il a peu varié, sinon légèrement à la baisse : 884 425 emplois aujourd’hui contre 911 055 en 2000, en raison des nombreux plans de départs à la retraite décidés à la fois dans l’administration et certains établissements et entreprises publics, et du mouvement d’externalisation qui a touché quelques entités publiques.

8% des emplois dans le privé sont soit saisonniers soit occasionnels

Ces éléments tendent à montrer que le rôle, encore prépondérant, que joue l’Etat dans divers domaines ne se reflète pas tout à fait dans l’évolution de l’emploi. Pour ne prendre que deux exemples, en Egypte, pays qui a pourtant pratiqué la politique de «l’ouverture» dès les années 70, l’emploi public représente encore 30% de l’emploi total. En France, pays fortement libéral, certes, mais aussi de tradition étatiste tout aussi forte, le secteur public emploie aujourd’hui quelque 6 millions de personnes, soit environ un quart de l’emploi total. On est bien loin des 8,5% au Maroc !

C’est donc le secteur privé qui assure le reste de l’emploi au Maroc. Selon les chiffres du HCP, ce dernier fournit 90,2% de l’emploi total. Ainsi, sur les 10,4 millions d’employés que compte le Maroc, 9,4 millions sont dans le privé (le différentiel relevant de l’informel). A l’inverse du secteur public et semi-public, la part du secteur privé dans l’emploi global est en progression : +2,2 points par rapport à 2000 (voir tableau).
Il faut néanmoins préciser qu’une bonne partie de cet emploi est de faible qualité. Normal, diront certains : dans la mesure où l’essentiel de l’emploi se trouve dans le secteur privé, les situations de sous-emploi seraient donc nombreuses.

Le fait est que l’emploi au Maroc demeure, globalement, peu conforme aux normes de l’emploi décent, selon le constat dressé par le Haut commissaire au plan lui-même, Ahmed Lahlimi. Aujourd’hui encore, à peine 2 millions de personnes, soit moins de 20% de la population active occupée, bénéficient d’une couverture maladie (32% en milieu urbain et 4,5% seulement en milieu rural) ; 8% des emplois sont soit occasionnels soit saisonniers (avec une accentuation de cette tendance au cours des trois dernières années) ; 23% ne sont pas rémunérés (cette proportion atteint 42% en milieu rural) ; et environ deux tiers des actifs occupés sont sans diplômes !

L’agriculture emploie toujours 40% de la population occupée

Ces caractéristiques paraissent presque sous-jacentes à la structure même de l’emploi au Maroc. Celui-ci est encore fourni à hauteur de 40,2% par l’agriculture, la forêt et la pêche, autrement dit le secteur primaire. Les services de façon générale ont certes vu leur part augmenter (37,6% en 2010 contre 34% en 2000), mais les emplois y sont globalement marqués par la précarité, comme par exemple dans le commerce qui emploie 12,8% de la population active occupée. L’industrie, où les emplois sont plutôt stables et mieux rémunérés n’emploie, elle, que 12,2% de cette population.

Il est à souligner à cet égard que les destructions d’emplois industriels, dans la Zone euro notamment, consécutivement au mouvement de délocalisation que connaissent certains grands pays européens, n’ont pas profité de manière considérable à un pays comme le Maroc, à la fois proche et partenaire économique de premier plan du Vieux continent. Sauf peut-être pour le textile ! Mais la problématique dans ce secteur est connue : le travail à façon y prédomine, ce qui génère des emplois de faible qualification.

Si l’on veut exprimer les choses autrement, on dira que certes le secteur privé assure l’essentiel des emplois au Maroc, mais ces emplois demeurent largement en deçà des aspirations de ceux qui les occupent. Il n’est donc ni surprenant ni étonnant de constater que 1,7 million des actifs occupés expriment leur désir de changer d’emploi. Il est également compréhensible que les chercheurs d’emploi, notamment les diplômés, convoitent en premier lieu, et parfois exclusivement, les emplois dans l’administration et, plus généralement, dans le secteur public.

Efficience : 4.8% de hausse pour le PIB contre 1.7% pour l'emploi

La croissance au Maroc, malgré le doublement de son niveau, en passant d’une moyenne de 2,2% dans les années 90 à 4,8% dans les années 2000, ne s’est pas traduite, dans les mêmes proportions, dans le domaine de l’emploi. Les créations d’emplois n’ont en effet augmenté que de 1,7% en moyenne annuelle. Cela renvoie sans doute aux structures de l’économie, encore fortement dominées par des activités de faible qualification, comme l’agriculture, le BTP et certains services (tourisme, restauration, transport, etc).

Logiquement, dans cette configuration de la croissance et de l’emploi, les revenus ne peuvent qu’être médiocres et la consommation aussi. Mais c’est oublier l’action publique qui prend des formes diverses : fort soutien des prix à la consommation et revalorisation des salaires, notamment dans l’administration, entre autres. Autrement dit, si les emplois publics tendent à diminuer, en proportion et même en stock, l’aide publique, elle, demeure encore conséquente.

Salah Agueniou
www.lavieeco.com


         
 
                         
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