9 Septembre 2010

Le patronat s’inquiète sur la balance des paiements



Le patronat s’inquiète sur la balance des paiements
Un tiers bilan, un petit tiers recommandations pour plus tard et un gros tiers crise, Moulay Hafid Elalamy a eu trois heures très denses au Club de L’Economiste, jeudi, face aux journalistes de L’Economiste, d’Assabah et d’Atlantic Radio. La crise est là, elle nous touche et nous touchera encore plus dans les mois qui viennent, indique le patron des patrons, qui ajoute pourtant que «le Maroc souffre moins que les autres pays». Il y a eu des fermetures d’usines, «et il y en aura d’autres, on n’y coupera pas». Ceci posé, il change radicalement de ton pour souligner son «admiration» pour la capacité des opérateurs du Maroc «à être imaginatifs, à trouver de vraies solutions à long terme», dans «cette tempête mondiale». En fait, il recommande d’élever tout de suite le niveau de la productivité, même dans la crise, pour avoir une position améliorée quand la croissance reviendra. Il donne au passage un coup de chapeau appuyé au gouvernement, plus exactement aux ministres en charge des questions économiques: «Ils ont changé de vitesse et savent réagir rapidement».
Le président de la CGEM souligne l’amélioration des remontées statistiques, qui permet d’ajuster les programmes dans les dix jours. Autre mécanisme qui rassure le patronat, les plans alternatifs, calculés en fonction des résultats. En fait, si le Maroc n’est pas dans l’œil du cyclone, son gouvernement doit quand même agir comme les autres gouvernements... que les Marocains voient à la télévision. En tout cas, pour le patron des patrons, ce n’est pas un problème de sur-réagir à la crise, puisque cette dernière contient une forte proportion de psychologie... à laquelle il faut répondre aussi par la psychologie. En revanche, la Confédération générale des entreprises du Maroc se montre bien plus préoccupée que le gouvernement par la situation de la balance des paiements. Pour la CGEM «la balance des paiements continue de pénaliser la situation du Trésor». La Confédération avait commandé une étude au cabinet Roland Berger sur l’impact des zones de libre-échange sur la balance courante. Les conclusions, qui doivent être rendues publiques dans les prochains jours, ne sont pas brillantes.

Compenser les excédents commerciaux
Rappelons les faits. La balance commerciale s’est détériorée d’une manière rapide depuis 2003. Jusqu’en 2006, les services et les investissements directs étrangers comme les Marocains résidents à l’étranger comblaient le trou du commerce. Depuis 2007, ce n’est plus le cas et la crise aggrave considérablement la situation, indique l’étude de Roland Berger: «La demande mondiale et les échanges internationaux se réduisent du fait de la crise, les impacts sont à attendre vers la mi-2009». Autant la Confédération patronale est «satisfaite» des mesures prises et de l’organisation mise en place pour faire face à la crise (quoiqu’elle voudrait qu’on étudie aussi le «pire des scénarios»), autant elle se montre préoccupée par la dégradation de la situation vis-à-vis de l’extérieur.
Moulay Hafid Elalamy inscrit sur l’agenda le «monitoring plus actif des réciprocités commerciales» et le principe de compensation avec les partenaires un peu trop excédentaires. La Confédération cite explicitement la Chine pour cette dernière mesure. La puissance productive de ce géant entraîne des positions d’infériorité pour des pays comme le Maroc, comme l’a prouvé l’affaire dite des «babouches chinoises» qui sont entrées sur le territoire marocain à 0,70 DH la paire!. Cette affaire, qui a révolté le secteur artisanal, souligne bien les difficultés actuelles du commerce extérieur.

Les douze labellisées
On n’en parle pas assez au goût de Moulay Hafid Elalamy. Douze entreprises portent maintenant le label CGEM. C’était une de ses promesses électorales: créer un système de labellisation qui annonce que telle ou telle entreprise respecte ses engagements sociaux, économiques, écologiques...
La charte de la labellisation cite expressément les actes suivants: respecter les droits humains, améliorer en continu les conditions de travail, protéger l’environnement, prévenir la corruption, respecter les règles de la concurrence, renforcer la transparence du gouvernement d’entreprise, respecter les intérêts des clients et fournisseurs, promouvoir la responsabilité sociale chez les fournisseurs et sous-traitants, et, d’une manière globale, «développer l’engagement sociétal». L’existence de ce label n’est pas qu’un logo de plus sur les papiers à en-tête. L’entreprise ne sera pas traitée de la même manière par ses partenaires, à commencer par l’administration. Ces partenaires savent, grâce au label, que le comportement de l’entreprise exclut une bonne partie des fraudes et négligences. Aujourd’hui, douze entreprises sont labellisées. Il s’agit de Eramédic, Lafarge, Les Grandes Marques, Stockvis, Chantiers et Ateliers du Maroc, Feed and Food Additif, GFI, Ilaïcom, LoGimaG, Jet Sakane, Pack Souss et TFZ.

L'economiste

Dimanche 22 Mars 2009