Le culte du secret en entreprise, une arme à double tranchant



Pour éviter la divulgation d’informations stratégiques, il est nécessaire de mettre en place un dispositif de protection et de sensibilisation. Ne jamais oublier que le bon fonctionnement de l’organisation dépend aussi du partage de l’information.

«Nous sommes toujours les derniers à être mis au courant. Qu’il s’agisse d’un nouveau recrutement, d’une nouvelle procédure, d’une campagne promotionnelle…, notre chef de service nous cache tout. On a fini par croire qu’il le fait exprès», explique Amina, assistante de direction. Dans son entreprise, il n’y a pas que son supérieur direct qui agit de la sorte. Du patron au coursier, en passant par l’assistante, chacun cultive son jardin secret. «Même pour nos primes semestrielles, le patron a décidé de les donner à la dernière minute avant les congés, pour ne pas créer la zizanie», poursuit-elle.
Bien évidemment, beaucoup d’entreprises sont connues pour leur culte du secret. A ce titre, le New York Times a publié il y a quelques semaines un article sur le culte du secret au sein d’Apple, une firme connue pour sa rigueur dans la gestion des informations concernant le développement de ses produits.
Selon l’article, ce culte est poussé très loin, y compris dans les propres locaux de la société. Ainsi, il y a évidemment un découpage strict des services avec des contrats stipulant clairement aux employés de ne pas communiquer sur les projets en cours. Toutefois, on peut considérer ces mesures comme passives, et la firme se montre très proactive, quand il s’agit de protéger ses intérêts. Même les employés reçoivent parfois de fausses informations pour brouiller les pistes et éviter toute fuite.
Cette forte culture du secret est un élément important de la stratégie d’Apple. Il permet de garder à plein régime un certain niveau d’excitation pour les nouveaux produits, la liste complète des fonctionnalités d’un produit bénéficiant alors de l’effet cascade au moment de l’annonce.
Bien évidemment, il s’agit là de la protection d’informations stratégiques pour le groupe, qui est légitime. La multinationale américaine n’est pas la seule à veiller scrupuleusement à son intégrité. Eu égard à la compétition qui fait rage dans l’actuel contexte de mondialisation, chaque entreprise veut savoir ce que fait le concurrent. Et les cas d’espionnage économique sont légion un peu partout dans le monde. C’est la raison pour laquelle beaucoup d’entreprises ont pris des mesures draconiennes pour éviter toute intrusion ou vol de documents. D’ailleurs, c’est pourquoi les visiteurs sont délestés de leur téléphone portable au moment d’accéder à certains endroits stratégiques qui ne sont ouverts qu’à un cercle restreint de responsables bien choisis.
Dans ces cas de figure, la vigilance est tout à fait normale parce qu’il y va de l’avenir de l’entreprise. Imaginez une copie d’un produit mis sur le marché par le concurrent alors même que l’entreprise qui en est à l’origine n’a pas encore fini les tests ! Là il s’agit d’une protection contre le monde extérieur.
Pour des postes stratégiques, des clauses de confidentialité sont insérées dans le contrat de travail
Le danger est d’entretenir cette pratique dans les relations internes. Il arrive que des responsables refusent de communiquer pour préserver leur ascendant sur les collaborateurs ou les collègues. Certains  le font pour déstabiliser les autres ou tout simplement parce qu’ils ne croient pas nécessaire de communiquer. Or, l’entreprise se nourrit d’informations. De manière plus prosaïque, la communication est le garant du bon fonctionnement et de la paix sociale. Le partage y est donc indispensable… jusqu’à un certain niveau.
«Toute la difficulté réside dans la délimitation du périmètre du secret. Ce qui est confidentiel pour certains ne l’est pas pour d’autres. Tout dépend de la culture d’entreprise», précise Karim El Ibrahimi, DG du cabinet RMS Conseil. Par ailleurs, ce qui est valable pour les grandes entreprises ne l’est pas pour la PME ou pour une entreprise publique.
Une information dite confidentielle dépend aussi de la conjoncture. Les périodes de crise peuvent être synonyme de non partage d’informations. «Nous gérons actuellement un flux inépuisable d’informations. L’une des principales difficultés que rencontrent les entreprises aujourd’hui réside dans le transfert des informations aux bonnes personnes et au bon moment», précise Aziz Taib, DRH dans un groupe industriel. Par exemple, les licenciements, promotions, politique de rémunération… sont autant de dossiers sensibles qu’il est important de traiter avec discrétion. Cependant, le fait de ne pouvoir déterminer le moment idoine pour en parler avec les mots qu’il faut peut engendrer des ennuis. Les rumeurs sont en effet dévastatrices parce que l’information est souvent déformée et donc perd de son sens. Aziz Taib souligne à bon escient que «la transparence doit être maîtrisée et contrôlée» et fait remarquer, par exemple, que «si la promotion d’un cadre n’est pas gérée avec précaution, elle peut engendrer des tensions».
Dans le même esprit, Mohamed El Yousfi, DG du cabinet LMM QSE, ajoute qu’il est important de savoir hiérarchiser l’information en précisant celle qui est accessible au public, celle qui doit circuler dans l’entreprise et celle qui doit rester totalement confidentielle. Le motif est que l’entreprise n’est pas à l’abri d’actes de malveillance et, à l’heure du boom des réseaux sociaux, un collaborateur mécontent ou en instance de licenciement peut très bien répandre à la vitesse de l’éclair une information confidentielle. Plusieurs fois, des membres de réseau comme Facebook se sont fait prendre la main dans le sac.
Les fuites peuvent aussi être d’origine accidentelle, notamment suite à une négligence : des salariés qui parlent facilement à tout le monde sans se rendre compte qu’ils divulguent des informations utiles pour la concurrence, des documents mis à la poubelle sans précautions, un circuit d’information mal sécurisé...
Si les responsabilités sont définies dès le départ, il sera plus facile de prévenir les risques et d’identifier les sources en cas de divulgation d’une information confidentielle.
Certaines entreprises prévoient ainsi des clauses de confidentialité dans les contrats de travail ou une charte imposable à l’ensemble des collaborateurs (les multinationales plus particulièrement). Un tel document fixe les comportements à adopter et les types de propos à tenir en interne pour éviter tout quiproquo.
 
Brahim Habriche. La Vie éco


         
 
                         
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