Le Maroc paie en moyenne 4.7% d'intérêts pour sa dette



Le Maroc paie en moyenne 4.7% d'intérêts pour sa dette
Le taux d'intérêt moyen s'établit à 5.2% pour la dette intérieure et à 3% pour les emprunts extérieurs. A 494.3 milliards de DH, le stock de la dette a augmenté de 6.2% depuis le début de l'année. La dette publique représente près de 62% du PIB et celle du Trésor environ 49%.

L’encours de la dette publique a atteint 494,33 milliards de DH à fin juin 2011 (derniers chiffres disponibles). Sur ce total, 396,5 milliards de DH constituent la dette du Trésor (l’Administration); le reste étant dû, pour l’essentiel, par les entreprises et établissements publics. Ce faisant, la dette publique a augmenté de 6,2% par rapport à fin 2010 (+29 milliards de DH). La dette du Trésor, elle, a augmenté de 3,1% (+12 milliards de DH).
Qu’est-ce que représentent ces chiffres ? Généralement, le stock de la dette s’apprécie par rapport à la richesse produite (le PIB) et les intérêts qu’elle génère par rapport aux recettes de l’Etat. A ce stade il est difficile pour le moment de se livrer à un tel exercice : le PIB et les recettes ordinaires de cette année ne seront connus (et encore, approximativement !) que vers fin janvier 2012. On peut toutefois se livrer à une estimation sur la base de l’encours de la dette à fin juin et du niveau du PIB à la même période, publié par le Haut commissariat au plan (HCP).
Sur cette base, la dette publique représenterait près de 62% du PIB et la dette du Trésor environ 49%. Précisons ici que sur l’ensemble de l’année 2010, ces ratios étaient respectivement de 60,8% et 50,3%. Il en ressort que même si, en termes de stock, la dette a augmenté sur la première moitié de 2011 par rapport à son niveau de fin 2010, son poids dans le PIB est resté quasi stable. Cela s’explique par une progression significative du PIB sur les premiers six mois de 2011 ; ce qui, soit dit en passant, ne devrait pas être le cas pour les troisième et quatrième trimestres, puisqu’un fléchissement de la croissance a été déjà signalé par les conjoncturistes du HCP, il y a quelques semaines.

Tendance baissière du poids de la dette depuis 2005

Mais dans tous les cas, le niveau d’endettement, qu’il soit public ou seulement du Trésor, reste à un niveau maîtrisable. En effet, tendanciellement le ratio de la dette du Trésor, en particulier, est en baisse depuis 2005. Il est passé de 62,1 en 2006 (contre une moyenne de 63,4% entre 2000 et 2005) à 47,1% en 2009. Et si ce ratio est remonté à 50,3% en 2010, c’est seulement pour des raisons conjoncturelles : flambée des cours des matières premières, énergétiques et alimentaires notamment, et, au bout, un renchérissement des charges de compensation. L’enveloppe globale dédiée à la compensation a ainsi représenté 3,4% du PIB en 2010, alors qu’elle ne dépassait pas 1% entre 2000 et 2005. C’est cela qui a creusé le déficit budgétaire (-4,6% du PIB) et provoqué, in fine, la remontée de la dette. Sans ces charges de compensation, le déficit budgétaire en 2010 n’aurait pas dépassé 1,2% du PIB.
Il faut dire que, du fait de l’amélioration de la conjoncture (comme le niveau exceptionnel des recettes fiscales en 2008, qui avaient atteint 24,3% du PIB), le solde primaire du Trésor entre 2006 et 2009 enregistrait chaque année de solides excédents. Cela a donné des marges de manœuvre au gouvernement qui ont servi, suivant les choix budgétaires décidés, à renforcer la demande intérieure (hausse considérable des investissements publics et amélioration du pouvoir d’achat par des baisses successives de l’impôt sur le revenu en particulier). D’aucuns pourront alors se demander : «Comment était-ce alors possible que le poids de la dette se soit à ce point replié alors même que les marges découlant notamment des soldes primaires excédentaires ont été orientées vers le renforcement de la demande intérieure, générant ainsi un déficit budgétaire plus important (en moyenne 3,4% entre 2006 et 2010) que durant la période 2001-2005 (1,5% du PIB en moyenne)» ? la réponse est simple : le poids de la dette a baissé car, comme expliqué avant, le dénominateur, c’est-à-dire le PIB, a, lui, augmenté.
En termes de stock, la dette a, au contraire, augmenté ; et spécialement la dette intérieure. A titre d’illustration, la dette (intérieure et extérieure) du Trésor est passée de 330,8 milliards de DH en 2006 à 384,45 milliards en 2010 et à 396,5 milliards à fin juin de cette année.
Cette dette, c’est évident, génère des intérêts. Dans la mesure où les charges en intérêts de la dette sont généralement rapportées aux recettes ordinaires, il ne sera question ici que de la dette du Trésor. Ainsi, en 2010, le service total de la dette du Trésor (amortissements, intérêts et commissions) s’est élevé à 108,2 milliards de DH, en hausse de 16% par rapport à 2009, selon la direction du Trésor et des finances extérieures (DTFE). Sur ce montant, les intérêts et commissions versées ont été de 17,5 milliards de DH, soit presque le même niveau qu’en 2009 (17,4 milliards de DH). Par rapport aux recettes ordinaires, ces intérêts ont représenté 10,4% au lieu de 10,2% en 2009. Et par rapport aux recettes fiscales, le poids des intérêts payés a été de 11,4%.
L’essentiel des charges d’intérêts est relatif à la dette intérieure : 15,2 milliards réglés en 2010, en hausse de 4% par rapport à 2009. Vu la stabilité des taux d’intérêts sur le marché domestique, cette hausse des charges d’intérêts est à mettre sur le compte de l’augmentation de l’encours de la dette, comme déjà signalé. Le coût moyen de la dette intérieure du Trésor était de 5,2% (à comparer au 5,8% en 2007).

Le coût de la dette extérieure du Trésor en baisse

La dette extérieure du trésor a connu une situation tout à fait contraire. Malgré la hausse de son encours, qui est passé de 78,76 milliards de DH en 2009 à 95,1 milliards en 2010, les charges en intérêts et commissions qu’elle a générées ont, au contraire, baissé : 2,3 milliards de DH au lieu de 2,9 milliards en 2009. La direction du Trésor explique cette baisse par la diminution du coût moyen de la dette de 90 points de base en s’établissant à 3% au lieu de 3,9% en 2009. La dette extérieure du Trésor, essentiellement libellé en euros (à hauteur de 75,7%), a ainsi profité de la détente des taux d’intérêts en Europe. Selon un responsable au sein de la DTFE, les intérêts de la dette extérieure à fin octobre 2011 se sont élevés à 2,8 milliards de DH, soit 500 millions de DH de plus que pour l’ensemble de l’année 2010.
Le coût (taux d’intérêt moyen) de la dette totale du Trésor s’établit en 2010 à 4,7%, en baisse de 10 points de base par rapport à 2009. C’est évidemment le recul du coût moyen de la dette extérieure (à 3%) qui a tiré vers le bas le coût de la dette globale de l’Administration centrale ; celui de la dette intérieure ayant très légèrement augmenté de 10 points de base (5,2% en 2010 au lieu de 5,1% en 2009).
Au total, l’endettement global du Trésor se situe pour le moment, en termes de ratios du moins, dans des proportions assez raisonnables. Cependant, les charges d’intérêts, surtout lorsqu’on y ajoute celles de la dette garantie, sont assez pesantes. Or, le solde primaire, après une longue période d’excédents, a été pour la première fois déficitaire en 2010 (-2,3%). Et pour 2011 et 2012, ce solde devrait être également déficitaire selon les prévisions des finances.

Focus : Les intérêts de la dette intérieure absorbent 10% des recettes fiscales
Les intérêts payés en 2010 au titre de la dette intérieure, soit la principale composante de la dette du Trésor, ont représenté 9% des recettes courantes et 9,9% des recettes fiscales au lieu, respectivement, de 8,5% et 9,6% en 2009. En 2006, par exemple, ces ratios étaient respectivement de 14,2% et 14%.
Les charges en intérêts de la dette extérieure s’apprécient, elles, ce qui est logique, par rapport aux recettes courantes de la balance des paiements (RCBP). En 2010, les intérêts versés au titre de cette dette ont représenté 2,5% des RCPB au lieu de 2,8% (baisse de 0,3 point).

Le problème de ce rapport est que, dans le contexte actuel, il ne signifie pas grand-chose. Et ceci pour une raison bien simple : le compte courant de la balance des paiements est déficitaire depuis 2007. Autrement dit, les recettes auxquelles l’on rapporte les intérêts versés pour la dette du Trésor (sans compter ceux de la dette garantie) sont totalement «aspirées» par les dépenses occasionnées par l’extraordinaire expansion des importations.
 

Salah Agueniou.
www.lavieeco.com



         
 
                         
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