Le Maroc lance les plans d’épargne entreprise



L’épargne salariale boostée
De nouvelles perspectives pour les marchés financiers.
Des obligations sécurisées ainsi que les Organismes de placement collectif en immobilier.
Vous avez aimé les plans d’épargne éducation et logement, vous allez adorer les plans d’épargne entreprise (PEE). C’est en effet une réforme inédite que prépare Salaheddine Mezouar en matière de mobilisation de l’épargne et diversification des ressources financières. Le département des Finances a en effet décidé d’étoffer l’offre existante et à ce titre le lancement de PEE devrait à coup sûr apporter une bouffée d’oxygène à la fois à des milliers de salariés qui aspirent à des opportunités de placement tout en profitant de leviers fiscaux et aussi à des marchés financiers en perpétuelle quête de liquidité. La direction du Trésor est en train de boucler le dispositif nécessaire à cette réforme. En pratique, le PEE (instrument déjà rodé en France avec plus de 80 milliards d’euros d’encours) doit permettre aux salariés de se constituer un portefeuille de valeurs mobilières dont le financement sera assuré par les salariés et un «abondement» de l’entreprise, c’est-à-dire la possibilité offerte à l’employeur de verser un complément à l’investissement. S’il est maintenu pendant une certaine période qui reste encore à déterminer, le revenu bénéficiera d’incitations fiscales. Il faudra affiner les modalités pratiques et les conditions en interne notamment avec la direction générale des Impôts. Au menu également, un projet de loi sur les obligations sécurisées. La direction du Trésor le prépare avec la collaboration d’un bureau d’études de la Banque mondiale. Il s’agit de mettre en place un nouvel instrument financier qui permettra aux banques de se refinancer selon une formule jugée plus rassurante pour les investisseurs. Il s’agit généralement de titres garantis par une sûreté spécifique, dite «panier de sécurité», composé de créances hypothécaires ou de créances du secteur public. Dans le pipe aussi, la mise en place d’une facilité de financement régional de la Banque mondiale et de sa filiale la Société financière internationale (SFI). L’idée, très avancée, est de mettre en place des facilités dans les pays de la région Mena pour accompagner les PME. Le Maroc pourrait être le premier pays à en bénéficier, l’une des catégories d’actifs les plus dynamiques sur le marché obligataire européen. La direction du Trésor prépare également la création d’Organismes de placement collectif en immobilier (OPCI). Le cadre juridique de ce nouvel instrument, en cours ailleurs, s’inspire essentiellement des OPCVM. Pour cela, il faudra créer un fonds dont l’actif sera composé d’actifs immobiliers. S’ils sont bien menés, ces OPCI mobiliseront de l’épargne qui permettra de financer le secteur immobilier.

CVS orienté emploi

Salaheddine Mezouar a décidé de réorienter le Comité de veille stratégique (CVS) vers les problèmes de l’emploi. En pratique, il veut intervenir sur trois éléments: emploi, formation et insertion avec la mise en place de mesures concrètes. Le tout se fera selon une approche de contractualisation, dit-il. Ainsi, l’entreprise définit ses besoins et sélectionne les candidats à la formation sans qu’elle n’en supporte les coûts. C’est l’Etat qui le prendra en charge avec en prime, une indemnité à définir au profit des candidats retenus. Mais Mezouar est formel: «l’Etat ne peut pas prendre en charge la formation sans s’assurer de l’insertion. D’où la nécessité d’aller vers la garantie de l’embauche si l’on veut crédibiliser le système. C’est ce qui explique pourquoi il tend vers la contractualisation. En attendant, la CGEM peaufine ses calculs avant de lancer le système pour qu’il soit rapidement opérationnel, souligne le ministre des Finances. Pour lui, l’implication des partenaires sociaux est impérative si on veut assurer le plus d’efficacité.

Mezouar confiant pour le déficit

Le ministre des Finances est optimiste pour 2011. «Des éléments probants confirment les prévisions de 2011. Les conditions climatiques globalement favorables annoncent une bonne année agricole et la reprise de certains secteurs frappés par la crise est confirmée. Certains ont progressé de 17%», confie-t-il à L’Economiste. La croissance des secteurs non agricoles s’accélère de près de 5%, avec un changement dans les contributions sectorielles à la croissance du PIB. Selon lui, le déficit ne bougera pas de 4% malgré les 15 milliards de DH supplémentaires destinés à la Caisse de compensation. D’autant que l’exécution de la loi de Finances pour 2010 a fait apparaître une plus-value de 9 milliards de DH de recettes ordinaires hors privatisation. Le ministre cite le « dynamisme soutenu par la demande intérieure». A fin janvier dernier, les recettes de la TVA ont progressé de 7,7%, les crédits à la consommation de +7,6%, les crédits à l’équipement de +16,4% et le taux d’inflation à 2,2%. Mais il faudra attendre la fin du premier trimestre, avec les déclarations des entreprises, pour connaître la tendance, nuance-t-il.


Mohamed CHAOUI
L'economiste


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