Investissement : emprunt ou autofinancement ?



Les facteurs de choix entre emprunt et autofinancement en matière d'investissement
Lorsque vous prenez la décision d'investir dans votre entreprise, vous devez à chaque fois répondre à la même question : " Dois-je autofinancer l'investissement, c'est-à-dire prélever sur la trésorerie de mon entreprise, ou au contraire solliciter mon banquier pour obtenir un emprunt ? "
Bien entendu, comme souvent en matière de gestion, il n'existe pas de solution miracle valable pour toutes les entreprises et tous les types d'investissement. Tout dépend des circonstances.
Voici quelques principes de base qui vous aideront à prendre la bonne décision de financement de vos investissements.

Avez-vous réellement le choix ?

Inutile de réfléchir aux modalités de financement si l'entreprise ne dispose pas de réserves de trésorerie ou si sa situation financière est précaire. Le chef d'entreprise est alors dans l'obligation de recourir à un financement externe.

Mais, dans cette hypothèse, il y a peu de chances que son banquier soit disposé à lui accorder un prêt couvrant l'intégralité de l'investissement.

Une chose est sûre. Pour emprunter, il faut avoir la confiance de son banquier. Et on le sait, certains investissements sont indispensables et ne peuvent être repoussés.
Une solution s'impose donc : conserver la confiance de son banquier en lui démontrant les efforts de financement de l'entreprise et de son dirigeant, ainsi que tout l'intérêt de son concours pour assurer le développement de l'activité.

Quel type de bien devez-vous acquérir ?

Votre choix de financement ne sera évidemment pas le même selon que vous investissez dans un immeuble ou dans un matériel à renouveler très fréquemment. Pour ce qui est de l'immeuble, il serait rationnel de le financer par un emprunt sur une durée de 12 à 15 ans. En revanche, la vitesse de rotation du matériel peut légitimement vous pousser à consacrer une part plus importante à l'autofinancement.
Vous devez aussi prendre en compte l'impact prévisible de votre investissement sur vos besoins en fonds de roulement.
Si vous anticipez un accroissement de ces besoins, mieux vaut garder vos réserves de trésorerie au chaud : elles vous permettront de financer l'augmentation du montant de vos stocks et des crédits consentis à vos clients sans recourir trop massivement aux financements à court terme très coûteux.
D'une manière générale, mieux vaut financer vos investissements lourds par emprunts et vos besoins d'exploitation par vous-même. Votre résultat financier ainsi que votre résultat net comptable n'en seront que meilleurs.

À noter : vous devez en principe financer vos immobilisations en recourant aux capitaux permanents dont dispose votre entreprise (capital, réserves, emprunts à long et moyen terme notamment).
Veillez toujours à ce que votre ratio capitaux permanents/valeurs immobilisées nettes soit au moins égal à 1.
Lorsque ce ratio est supérieur à 1, cela signifie que vos capitaux permanents financent au moins pour partie vos besoins d'exploitation. Il est inférieur à 1 lorsque vous avez financé une partie de vos actifs immobilisés avec des dettes à court terme, ce qui constitue un risque de gestion à éviter à tout prix.

Faut-il emprunter à 100 % ?

Votre banquier sera réticent à financer 100 % de votre investissement. Prévoyez donc un apport d'au moins 30 %.

En effet, votre banquier veillera à ce que le total de vos emprunts soit en rapport avec le montant de vos capitaux propres. Essayez, si possible, de respecter le ratio suivant :

Fonds propres > ou = dettes à long et moyen terme

À noter : n'oubliez pas de vérifier que votre capacité d'autofinancement (résultat net + dotations aux amortissements) vous permettra de faire face à vos échéances d'emprunts. A ce titre, nous vous conseillons de respecter la règle suivante :

Remboursements en capital des emprunts < 50 % de la CAF(1)

Ne négligez pas l'effet de levier de l'emprunt

Aussi surprenant que cela puisse paraître, il peut être parfois plus intéressant de recourir à un emprunt total ou partiel alors même que vous disposez des fonds pour financer votre investissement. En effet, le recours au financement externe peut engendrer un effet de levier intéressant du point de vue de la rentabilité financière de votre entreprise. Autrement dit, la rentabilité financière des capitaux investis dans votre entreprise peut augmenter si vous engagez des investissements sans les autofinancer. Vous devez toutefois mesurer au préalable le degré de ce fameux effet de levier.

Exemple : investissement de 15 000 DH dégageant une rentabilité brute de 15 %.

Autofinancement

Fonds propres 15 000 DH
Emprunt 0 DH
Bénéfice brut (15 000 DH x 15 %) 2 250 DH
Coût de l'emprunt 0 DH
Bénéfice après charges financières 2 250 DH
Taux de rentabilité des capitaux investis 2 250 / 15 000 = 15 %

Emprunt (2) à 80 %

Fonds propres 3 000 DH
Emprunt 12 000 DH
Bénéfice brut (15 000 DH x 15 %) 2 250 DH
Coût de l'emprunt (8 % x 12 000) 960 DH
Bénéfice après charges financières 1 290 DH
Taux de rentabilité des capitaux investis 1 290 / 3 000= 43 %


Attention : la recherche d'une meilleure rentabilité financière ne doit pas menacer la rentabilité économique de votre entreprise. Il faut donc vérifier que la rentabilité de l'investissement est bien supérieure au coût de l'emprunt !
À défaut, vous risquez de faire passer votre résultat dans le rouge et de mettre en péril votre entreprise.
Il convient de vous assurer ensuite que l'impact de votre choix de recourir à l'emprunt plutôt qu'à l'autofinancement ne réduise pas trop le résultat (qui passe dans notre exemple de 2 250 DH à 1 290 DH). Assurez-vous aussi que la capacité d'autofinancement prévisionnelle de votre entreprise (résultat net + dotations aux amortissements après investissement par emprunt) vous permettra de faire face aux échéances en capital de l'emprunt sans créer de tensions financières excessives.

Contrôlez le coût réel de votre emprunt

Les taux d'intérêt actuellement pratiqués sont relativement attractifs. Mais ne vous polarisez pas uniquement sur le taux d'intérêt. Préférez-lui le Taux Effectif Global qui comprend les coûts accessoires à l'emprunt (assurances, frais de dossier, commissions diverses...). Et accordez une attention toute particulière aux garanties exigées par votre banquier. Dans cette optique, ne vous bloquez pas sur les frais des garanties réelles (nantissement, hypothèque...), car ces sûretés peuvent vous permettre d'échapper à un engagement de caution personnelle beaucoup plus dangereux pour vous à titre personnel.
En pratique : attention à ne pas allonger inutilement la durée de l'emprunt. Mieux, la réduction de sa durée peut vous permettre de réaliser de substantielles économies !

Quelle est l'incidence fiscale de votre choix ?

L'autofinancement ne génère aucun frais supplémentaire du point de vue comptable et fiscal. Vous ne pouvez que déduire l'amortissement du bien acquis sur sa durée normale d'utilisation.

À l'inverse, le financement par emprunt vous permet de déduire, en plus de l'amortissement, les intérêts courus sur l'exercice. Ainsi, cette déduction fiscale vous permet d'atténuer le coût du crédit. Et plus l'économie d'impôt sur vos bénéfices générée par la déduction des intérêts est importante, plus le coût réel " net fiscal " du crédit est faible et plus vous avez intérêt à emprunter.

Attention : seuls les intérêts sont déductibles. La partie de vos mensualités qui correspond au remboursement du capital ne l'est pas.
Selon le choix du mode de remboursement, constant ou progressif, avec différé ou non, le coût fiscal annuel de l'emprunt peut être totalement différent. Pensez-y !

Conclusion : le taux que vous pouvez aujourd'hui obtenir de votre banquier et l'effet de levier financier et fiscal attaché à l'endettement peuvent légitimement vous inciter à garder intactes vos réserves de trésorerie. Vous disposerez alors d'une poire pour la soif qui vous mettra en position de faire face aux imprévus.


(1) Capacité d'autofinancement.
(2) Au taux de 8%.

TPE-PME


         
 
                         
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