Industrie automobile : Une évolution mitigée de l'activité

Avec des exportations en hausse de 16.6% à fin juillet, le secteur automobile profite principalement de la montée en puissance de l'usine de Renault. L'activité câblage est en petite forme. Les équipementiers souffrent de la forte dépendance à l'égard du marché de l'Europe de l'Ouest.



Industrie automobile : Une évolution mitigée de l'activité
Le secteur automobile se porte-t-il aussi bien qu’on le croit ? Des doutes subsistent à ce niveau. En effet, si l’on se fie aux statistiques officielles, ainsi qu’aux déclarations des principales parties prenantes dans le secteur, on serait tenté de penser qu’il vit de beaux jours. Cependant, en analysant ces statistiques, on devient moins enthousiaste. Prenons les exportations du secteur qui sont souvent mises en avant par les officiels comme gage de la réussite de cette industrie. A fin juillet 2013, par exemple, le secteur affiche une croissance de 16,6% par rapport aux sept premiers mois de 2012, avec un chiffre d’affaires à l’export dépassant les 17 milliards de DH. Cependant, nul n’ignore que ces chiffres incluent les exportations de l’usine de Renault Tanger qui, depuis cette année, a atteint un rythme de production soutenu. En tout, d’après les données des autorités portuaires de Tanger Med, port de sortie de l’usine, le flux de véhicules Renault exportés a quasiment doublé entre 2012 et 2013. Cette donne n’est pas sans fausser la lecture des chiffres du secteur puisque les flux financiers importants qui en découlent peuvent, à eux seuls, tirer vers le haut, ou vers le bas, les performances à l’export de toute l’industrie automobile marocaine.

Trois quarts des équipementiers marocains opèrent sur le marché de la première monte

Que valent donc réellement les autres opérateurs du secteur ? Selon l’Office des changes, la performance globale du secteur automobile s’explique principalement par le hausse de 59% des revenus à l’export des constructeurs, et donc de la performance de l’usine Renault. En revanche, l’activité de câblage réalise une modeste performance de 1,9%. En tout, les opérateurs de ce segment ont généré 9,3 milliards de DH à fin juillet 2013 contre 9,1 milliards à la même période de 2012. La situation de certains opérateurs dans cette branche n’est pas non plus rassurante. Pas plus tard que la semaine écoulée, un fabricant de câbles et faisceaux de câbles, Leoni, annonçait la réorganisation de son usine de Bouznika, pour des raisons économiques. Il paie en fait là le prix de la mauvaise passe que traverse certains donneurs d’ordre étrangers.

A ce niveau, les perspectives d’avenir s’annoncent pour le moins floues. Les ventes d’automobiles dans plusieurs pays sont en baisse considérable depuis plusieurs mois. En France, par exemple, les ventes de véhicules ont chuté de 10,9% en août, tandis qu’en Espagne la contre-performance dépasse 18% et en Italie elle atteint les 6,8%. En tout, le marché européen de véhicules neufs accuse un repli de 6,6% sur le premier semestre 2013, une situation qui n’est certainement pas sans conséquence sur le rythme de production des constructeurs. D’ailleurs, selon un opérateur de la place, ce sont principalement les équipementiers automobiles dont les principaux donneurs d’ordre ciblent ces marchés, qui sont les moins bien lotis. A ce titre, rappelons qu’avec une part de marché de 96%, l’Europe est le 1er continent destinataire des exportations d’équipements automobiles en provenance du Maroc. Il y a lieu également de souligner qu’actuellement près des trois quarts des équipementiers marocains opèrent sur le marché de la première monte. A l’exception de ceux qui travaillent directement avec l’usine de Renault dont ils profitent du dynamisme, les autres restent dépendants de l’état des autres constructeurs.

Pour les équipementiers opérant dans le marché des pièces de rechanges adaptables, la conjoncture serait selon les professionnels plus propice en raison de la résilience de ce segment dans un contexte où les ménages, notamment européens, sont plus regardants sur les coûts de réparation.

L’Europe de l’Est en ligne de mire pour diversifier les marchés

D’autres opérateurs n’hésitent pas pour leur part à faire preuve d’agressivité en ciblant de nouvelles niches, à l’image de la Russie. La semaine écoulée, plusieurs opérateurs ont participé à la mission de promotion organisée par Maroc Export au Salon Automechanika de Moscow. D’après les responsables de Maroc Export, il s’agit de l’un des plus importants salons en Russie et dans les pays de la Communauté des Etats indépendants, dédié aux composants automobiles, aux pièces et accessoires, aux services de réparation, aux équipements de garages et aux stations-service. «Ce marché est reconnu comme l’un des plus dynamiques au monde», souligne-t-on.

C’est dire que, derrière les chiffres, se cache une toute autre situation. Cela ne remet cependant pas en cause la place stratégique qu’occupe le secteur automobile dans l’industrie marocaine. Les dernières mesures prises par les pouvoirs publics dans le sens de le développer devraient en effet permettre de le renforcer et le rendre moins dépendant des mêmes donneurs d’ordre. Une donne devenue indispensable pour tirer profit des atouts dont dispose cette industrie au Maroc.
 

360 MDH pour une nouvelle génération d'opérateurs

 
Le ministère du commerce et de l’industrie est décidé à donner un coup de pouce au secteur et le placer au rang de locomotive pour l’industrie nationale. Dans ce cadre, six contrats d’investissement ont été signés en août dernier entre le ministère, le Fonds Hassan II et des entreprises opérant dans le secteur. Ces projets s’articulent autour de quatre métiers, à savoir l’injection et l’assemblage des pièces en plastique, la fabrication de composants pour véhicules utilitaires, le câblage automobile ainsi que l’emboutissage et le découpage de pièces métalliques. Concrètement, 360 MDH ont été mobilisés en vue de la création de nouvelles usines ou l’extension d’unités déjà existantes.

L’objectif recherché par les pouvoirs publics à travers cette initiative est justement de faire émerger un tissu d’équipementiers automobiles avec une chaîne de valeur complète et intégrée. Ceci devrait inciter de nouveaux constructeurs et grands équipementiers à considérer le Maroc dans leur stratégie en tant que plateforme à l’international.
 

 

Younes Tantaoui
www.lavieeco.com



         
 
                         
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