Hausse du prix du carburant est nécessaire. Mais quand ?



Hausse du prix du carburant est nécessaire. Mais quand ?
Bien qu’en recul par rapport au mois de mars, où il atteignait 126 dollars le baril de Brent, le prix du pétrole reste malgré tout élevé : 119 dollars le 17 avril sur le marché londonien.

Dans le projet de Loi de finances en cours d’adoption, le gouvernement, rappelons-le, table sur un baril à 100 dollars comme prix moyen pour l’ensemble de l’exercice. Il n’est certes pas le seul à prévoir un tel niveau de prix, et rien ne dit que cette prévision ne se réalisera pas. Mais rien n’indique non plus, pour le moment, qu’une accalmie est au bout du chemin. En bonne logique, le prix du pétrole aurait dû se replier en raison d’une conjoncture atone, mais le marché évolue suivant une logique qui échappe…à la logique.


En tout cas, les faits sont là : sur les trois premiers mois de l’année, le prix moyen de la tonne de pétrole importée par le Maroc a augmenté de 18,6%, à 6 955 DH, soit 1 089 DH de plus qu’au premier trimestre de 2011, selon les derniers chiffres de l’Office des changes. La tonne de gasoil et de fioul (le Maroc importe aussi des produits raffinés) a elle aussi enregistré une hausse de 18,5%, à 7 418 DH, soit 1 157 DH de plus qu’à la même période de 2011.

Bien entendu, sur le marché domestique, ces évolutions n’apparaissent pas, au grand bonheur des consommateurs, mais au grand dommage des finances publiques. Car la neutralisation totale de ces hausses, appelée communément la subvention, risque cette année encore de s’avérer lourde de conséquences (en termes de déficit et donc d’endettement). Le gap entre les prix de vente des produits pétroliers et leurs prix réels est en effet tel que la facture, à la fin de l’exercice, pourrait dépasser celle de 2011, c’est-à-dire plus de 50 milliards de DH de charges de compensation. Selon les derniers chiffres arrêtés par le Groupement des pétroliers du Maroc (GPM), les arriérés de paiements dus par l’Etat aux distributeurs (cumul du reste à payer de 2011 et des deux premiers mois de 2012) s’élèvent à 15 milliards de DH.

Sur la base de la structure des prix établie par le ministère de l’énergie et des mines pour la deuxième quinzaine de ce mois d’avril, le litre de gasoil, qui revient à 12,22 DH, n’est vendu qu’à 7,15 DH. Ce sont donc 5 DH que l’Etat octroie pour chaque litre de gasoil aux consommateurs de ce produit, qu’ils soient transporteurs ou particuliers, riches ou pauvres. La bonbonne de butane de 12 kg, elle, est subventionnée pour 105 DH : elle est vendue à 40 DH au lieu de…145,02 DH ; celle de 3 kg à 10 DH au lieu de 36,94 DH. Le cas du fioul est encore plus grave : pour un prix réel de 7 182,59 DH la tonne, les utilisateurs (industriels et ONE) ne paient que 3 505,59 DH, c’est-à-dire la moitié ! Et encore, dans le détail le fioul ONE est celui qui reçoit la plus grosse subvention (plus de 5 000 DH pour chaque tonne), mais cela se comprend : cet office est public et il n’a pas la liberté de fixer les tarifs d’électricité, supportant ainsi les augmentations des prix des combustibles qui font tourner ses centrales électriques (charbon et gaz notamment) sans pouvoir les répercuter. Mais qu’est-ce qui justifie qu’un industriel privé bénéficie d’une subvention de 3 600 DH pour chaque tonne de fioul ? L’interrogation vaut aussi pour le gasoil de pêche, que celle-ci soit côtière ou hauturière (voir tableau).

5 milliards de DH d’économie pour une hausse du gasoil de 1 DH

L’actuel gouvernement, avant même son installation, avait promis de s’attaquer rapidement au dossier de la compensation. Ses prédécesseurs aussi avaient tous affiché des velléités dans ce sens, mais les velléités sont restées…des velléités. C’est que, en cette matière, c’est plus facile à dire qu’à faire. A chaque fois, la conjoncture (mauvaise campagne agricole, échéances électorales proches…) empêche d’agir. Aujourd’hui plus que par le passé, le climat social demeure tendu, sans parler des tensions géopolitiques qui n’en finissent pas de secouer la région.

Mais si cela constitue en effet un sérieux handicap pour rogner sur les subventions de certains produits de grande consommation, comme le gaz butane par exemple, est-ce le cas pour tous les produits pétroliers ? Le ministère des affaires économiques et générales, sous le gouvernement El Fassi, avait réalisé une étude qui montrait en effet qu’il était extrêmement difficile de réajuster les prix du butane, pour les raisons déjà indiquées, et du gasoil en raison de sa large utilisation dans les transports. Selon cette étude, 72% de la subvention au gasoil profite au secteur du transport. Ajuster les prix à ce niveau reviendrait à provoquer une hausse des tarifs de transport de voyageurs et de marchandises, ce qui est en effet souvent mal perçu sinon mal accepté.

Peut-être faudrait-il alors agir en douceur ! Quel impact provoquerait, par exemple, une augmentation du gasoil de 1 DH le litre ? Pour le Trésor en tout cas, cela se traduirait, selon nos calculs et en tenant compte du niveau de consommation actuel de ce produit (voir encadré) par une économie de 4,9 milliards de DH sur l’année. Par ces temps de vaches maigres, ce n’est pas rien, c’est plus d’un demi point du PIB de 2011.

On s’en doute bien, le sujet des subventions est aussi compliqué qu’ancien. Il a fait l’objet d’une intense littérature à travers le monde ; bien plus, des expériences, parfois réussies, parfois échouées, ont été menées ici et là. Les expériences les plus souvent citées demeurent celle du Ghana où le gouvernement, après identification des zones de vulnérabilité les plus fortes, a mené un dialogue avec la population pour expliquer le bien-fondé du retrait de la subvention.

L’exemple indonésien…

Mais c’est l’exemple indonésien qui semble avoir le plus réussi ; et le Maroc s’en est d’ailleurs inspiré pour mettre en place l’aide monétaire conditionnée comme première étape dans le vaste chantier de la réforme du système de compensation. L’Inde et la Malaisie, en revanche, ont opté pour un autre système, celui de «cartes spécialisées» octroyées à des populations ciblées, en particulier dans le domaine du transport.

Mais il ne faut pas se méprendre sur le sujet : de nombreux pays, du Sud surtout, ont recours aux subventions comme instrument de politique publique, ou encore pour atteindre des objectifs politiques, voire environnementaux. C’est en particulier vrai dans les pays pétroliers (Iran, Russie, l’Arabie Saoudite, le Venezuela, l’Egypte…) : 55 milliards de dollars en Iran, 26 milliards de dollars en Arabie Saoudite, 17 milliards en Egypte (chiffres de 2007). Mais c’est aussi le cas, dans certains pays non pétroliers, comme le Cameroun qui refuse obstinément de retirer les subventions aux produits pétroliers, malgré les recommandations insistantes des organisations financières internationales, comme la Banque mondiale et la Banque africaine de développement.  Les pays développés, eux, pratiquent également des subventions mais pas à la consommation. Les aides vont plutôt à l’offre, comme la production de biocarburants et les énergies peu carbonées.

Mais, dans tous les cas, la facture devient pour le Maroc insupportable et le gouvernement sait bien qu’à défaut d’une décompensation totale, une hausse du prix du carburant est nécessaire. Mais quand ? On semble attendre alors que plusieurs réunions ont eu lieu sur le sujet. Or, quatre mois de 2012 se sont déjà écoulés...

Produits pétroliers : La consommation des produits pétroliers en hausse de 11%

La consommation des produits pétroliers sur les deux premiers mois de l’année 2012 (seuls chiffres disponibles pour le moment) enregistre des hausses importantes, sauf pour le fioul qui, au contraire, a accusé une baisse, selon les données fournies par le groupement des pétroliers du Maroc (GPM).

Ainsi, les ventes de butane (subventionné, car le butane en vrac ne l’est pas) ont augmenté de 11,83%, par rapport aux deux premiers mois de 2011, celles de l’essence de 11,01%, et celles du gasoil de 10,2%. Les ventes de fioul, en revanche, ont baissé de 3,82%.

Si cette tendance de consommation se poursuit tout au long de l’année, et en supposant que les prix et les niveaux de subventions actuels se maintiennent, la charge de compensation pour le seul gasoil se monterait à 24,7 milliards de DH au lieu de 21 milliards en 2011.


Salah Agueniou.
www.lavieeco.com


         
 
                         
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