Forte demande d'emplois sur Tanger et un grand problème de formation



Il reste à surmonter des murs entre les entreprises et les formateurs. Des instituts à financement public et à gestion privée pour améliorer et accélérer les cycles de formation. Les futurs diplômés doivent rassembler compétences individuelles et compétences techniques. Certains secteurs recrutent plus que d'autres, mais c’est le profil de l'individu qui fait d'abord l'emploi. Automobile, textile-confection, métiers portuaires et logistiques recrutent.

Une conférence sur le thème de l’emploi au Nord et des conversations avec des participants à cet échange permettent de dégager quelques lignes fortes sur les tendances actuelles. Mais les tentatives d’ausculter les futures courbes d’embauche reviennent toujours à poser le problème de la formation.

La région de Tanger-Tétouan qui a connu un taux de croissance supérieur à 8% entre 2002 et 2008, le plus fort des régions marocaines, a naturellement créé une forte demande d’emplois. Automobile, logistique et métiers portuaires, textile-confection, BTP et construction ont constitué les plus importants secteurs de recrutement, plus de 200 000 personnes en 10 ans. L’économie marocaine dans son ensemble crée une moyenne de 130 000 emplois par an là où la création de 200 000 emplois serait nécessaire pour résorber les nouveaux arrivants sur le marché de l’emploi chaque année. En 10 ans également, de 2001 à 2010, la seule Tanger Free Zone a créé un peu moins de 50 000 emplois, soit 5 000 par an. 20 000 salariés travaillent à Moghogha et 12 000 à la zone industrielle de Gzénaya.

Si les échanges sur le marché de l’emploi se focalisent souvent sur les spécificités régionales, Jamal Belahrach de Manpower Maroc et Tunisie estime lui que cette approche est « erronée car les entreprises ont les mêmes besoins qu’elles soient à Tanger, à Agadir ou à Barcelone ». Pour Belahrach, « les entreprises ont besoin de jeunes formés qui s’intègrent, savent travailler en équipe et que les entreprises aident à améliorer leurs compétences au cours de leur carrière ».

L’autre interrogation sur les tendances du marché de l’emploi provient de l’existence ou pas d’une « perception partagée » de la formation par les entreprises et les formateurs, qu’ils soient instituts privés ou publics, ou universités. Sur ce plan-là, certains n’hésitent plus aujourd’hui à proposer qu’en plus des stages que les étudiants doivent faire en entreprise, les formateurs en instituts doivent également passer du temps sur les lieux de travail et de production pour constamment adapter les modules de formation aux exigences du marché du travail sur un plan technique et humain. Pour le DRH de Tanger-Med S.A. Mimoun Boujemaâoui, « les besoins en main d’œuvre sur la région ne se posent pas en raison des flux migratoires en provenance des autres régions du pays vers le Nord ». En revanche constate-t-il, « l’absence de forte culture industrielle crée encore un déficit en cadres tandis que l’attractivité de la ville est en voie d’établissement mais pas encore incontestable ». Cette situation crée une forte mobilité et des tensions sur les rémunérations, constate Mimoun Boujemaoui.

Pour répondre à ces déficits, l’université Abdelmalek Essadi multiplie les formations, notamment professionnelles, +60% en 10 ans sur un total de 160 filières. Des écoles privées se créent mais « au niveau le plus souvent décevant » selon Boujemaâoui. Sur la région, seules l’ENCG et HEM trouvent grâce à ses yeux. Du coup, TMSA monte son propre institut pour les métiers portuaires et de la logistique et le ministère de l’emploi et celui de l’industrie et du commerce financent des instituts de formation aux métiers de l’automobile gérés par le secteur privé comme c’est le cas actuellement pour Renault à Tanger et sera le cas demain à Sidi Moumen pour l’AMICA. Le défi du marché du travail aujourd’hui semble être de trouver des jeunes cadres à fortes compétences individuelles et à fortes compétences techniques. Un jeune ou une jeune qui aurait par exemple un diplôme dans une formation portuaire ou logistique mais n’aurait pas la culture générale, une curiosité sur son environnement et une réelle capacité à travailler en équipe ne serait pas aujourd’hui considéré comme doté d’une formation complète. En substance, une formation techniquement irréprochable ne constitue pas à elle seule une garantie d’embauche.

Jamal Amiar
La Vie éco


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