Faites parler votre bilan entre les lignes



I. Découvrez votre point mort
N’abandonnez pas tout de suite : le point mort, contrairement à ce que son nom pourrait laisser croire, c’est le début de la vie pour l’entreprise !
Le point mort, ou chiffre d’affaires critique, est le niveau d’activité qui permet de couvrir les charges de structure de l’entreprise. En d’autres termes, pour réaliser un chiffre d’affaires, il faut engager des charges fixes (qui ne dépendent pas du niveau d’activité : salaires administratifs, frais généraux, amortissements...) et des charges qui sont directement fonction du chiffre d’affaires (achat de marchandises, commissions des commerciaux, frais de livraison...). Le point mort est atteint lorsque la marge sur charges variables (l’excédent du chiffre d’affaires sur les charges variables) couvre les charges fixes. C’est le seuil de rentabilité.
A quoi sert cette notion ? A prendre des décisions ! Par exemple, vous allez pouvoir analyser si le nouveau marché gagné l’an passé contribue aux bénéfices de votre entreprise ou représente plutôt un gouffre. S’il génère des pertes, vous connaîtrez le niveau de chiffre d’affaires à conquérir l’année suivante pour atteindre l’équilibre. Ce sera alors à vous de voir si ce défi vous paraît réalisable ou pas, et si vous acceptez ou non de conserver un foyer de perte momentané, en fonction de votre stratégie. A contrario, si le point mort est dépassé (et donc si l’activité est rentable), vous connaîtrez vos marges de manoeuvre pour prendre des parts de marché à la concurrence.

- Apprenez à calculer votre point mort.
Partez de votre compte de résultat, pour en extraire votre niveau de charges fixes et votre taux de marge sur charges variables. Vous pourrez ensuite déterminer votre point mort en procédant à quelques calculs simples. Pour plus de clarté, nous détaillons ci-dessous la marche à suivre dans un exemple chiffré.

Recherche du point mort de la société ABC (en milliers de DH)

-Chiffre d'affaires 3 200
-Coûts d'achat 1 600
-Autres charges variables 320
-Total des charges variables 1 920
-Marge sur charges variables (40% du CA) 1 280
-Charges fixes totales 1 200
-Résultat avant IS 80
-Point mort 3 000


- Voici comment est calculé le point mort dans le cas étudié ci-dessus :

- les charges fixes se montent à 1,2 million DH ;

- le point mort est atteint au niveau de chiffre d’affaires où la marge sur charges variables couvre les frais fixes ; donc, ici, lorsque 40 % du chiffre d’affaires (marge sur charges variables) couvrent 1,2 million DH (frais fixes). C’est-à-dire lorsque le chiffre d’affaires est égal à 1,2 million DH divisé par 40 %, soit à 3 millions DH. Le point mort ressort à 3 millions de DH. En d’autres termes :

- avant d’atteindre ce niveau de chiffre d’affaires, l’entreprise est en perte ;

- au niveau de chiffre d’affaires égal au point mort, son résultat est à 0 ;

- au-delà de ce niveau de chiffre d’affaires, elle réalise un profit.

- Sachez faire de votre point mort un outil d’aide à la décision.

Maintenant que vous avez compris ce que signifie votre point mort, vous commencez à percevoir l’extraordinaire richesse de cet indicateur. Un exemple parmi d’autres : si, pour réaliser un nouveau marché, l’entreprise doit investir et augmenter ses frais fixes, la prise en compte du point mort permet de décider de l’opportunité de conclure cette affaire. Le tableau ci-après fait ressortir, pour l’entreprise ABC déjà analysée plus haut, le chiffre d’affaires supplémentaire que la société doit engranger pour garder le même résultat avant impôts, en fonction de différents niveaux d’accroissement de ses frais fixes.

Supposons qu’un nouveau client fasse miroiter à l’entreprise un contrat de 700 000 DH, et que l’entreprise doive, pour faire face à cette commande, dépenser 300 000 DH de charges fixes supplémentaires. La société réduirait son profit avant impôts de 20 000 DH. Davantage de chiffre d’affaires peut générer moins de bénéfices... La question qui se pose alors est de savoir s’il faut prendre ce marché ou non, et risquer cette baisse du résultat. L’hypothèse de capter un autre marché, de 50 000 DH au minimum, sans nouvel accroissement des frais fixes, est-elle envisageable ou non ? La réponse relève du savoir-faire du chef d’entreprise et de sa connaissance de son marché.

>Conclusion de l'exploration de votre point mort :

Ne soyez plus tétanisé par ce concept ; apprenez à le maîtriser ! Vous pourrez prendre des décisions de gestion en vous appuyant sur des données chiffrées et fiables ; et plus seulement sur votre intuition. Vous comprendrez la formation de la rentabilité de vos affaires, les économies d’échelle, et de nombreuses autres notions qui vous paraissaient jusqu’alors complexes...

II. Sondez les tréfonds de votre rentabilité


Le verdict est tombé : en 2006, votre entreprise a dégagé un bénéfice de X milliers de DH. Ce qui signifie un impôt à payer de Y milliers de DH. Et après : descendez chacune des lignes de votre compte de résultat pour comprendre comment se génère ce résultat. Allons-y par étapes.

Le chiffre d’affaires :
il correspond aux ventes de l’année. La première étape de l’analyse consiste à le comparer à celui de l’année précédente, et surtout, à celui qui était prévu. Comment a-t-il évolué ? Et quelles sont les raisons de cette évolution ? Est-elle liée à un effet volume (plus d’affaires traitées ; plus de biens vendus), à un effet prix (augmentation de vos prix de vente) ou à un effet combiné (hausse des volumes et des prix) ?

- La marge brute :
égale à la différence entreles ventes et le coût d’achat des marchandises, elle correspond aux sommes disponibles pour financer l’ensemble des charges de l’entreprise. Il faut donc regarder de près son niveau et son évolution. Est-elle suffisante pour couvrir les charges ? Progresse-t-elle en valeur absolue ? en valeur relative ? Subit-elle un effet ciseaux : baisse des prix de vente et augmentation des prix d’achat ?

- La valeur ajoutée :
résultant de la marge brute diminuée des charges externes, la valeur ajoutée correspond à la richesse créée par l’entreprise. Votre entreprise crée-t-elle suffisamment de valeur pour financer les charges de personnel, les charges fiscales, les charges financières, et dégager l’autofinancement nécessaire à son développement ?

- L’excédent brut d’exploitation :
indicateur de la rentabilité économique de votre entreprise, l’excédent brut d’exploitation (appelé familièrement EBE) représente le surplus dégagé par l’activité courante de l’entreprise, hors de toute politique d’investissement et de financement. L’analyse de son niveau et de son évolution vous permet de connaître les marges de manoeuvre économique de votre entreprise : possibilité d’embaucher, d’investir dans une campagne de publicité, etc.

- La capacité d’autofinancement:
c’est la capacité qu’a l’entreprise de générer des fonds pour autofinancer ses investissements. Sur ce montant, vous pouvez décider :
- de prélever des dividendes (qui viendront ainsi en déduction des sommes disponibles dans l’entreprise) ;
- de garder la capacité d’autofinancement sous forme de trésorerie disponible, au cas où...
- d’investir dans le développement de votre activité en optant pour un mode de financement ou un autre : une partie en autofinancement, une partie en emprunt, ou tout en crédit-bail.

> Conclusion de l'exploration de votre compte de résultat

L’analyse de votre chiffre d’affaires et de votre marge brute vous informe sur les possibilités d’évolution de vos prix de vente, la pertinence économique des niveaux de marge que votre activité peut dégager, etc.

III. Mettez votre bilan sur le divan

Une fois que le compte de résultat vous a renseigné sur votre activité économique et sa rentabilité, il convient d’entreprendre l’exploration du bilan. Afin de faire parler votre bilan, faites-lui faire un peu de gymnastique !

- Déterminez votre fonds de roulement :
excédent des ressources stables de financement (fonds propres et emprunts à moyen et long terme) sur les emplois durables (actif immobilisé). Pour pouvoir continuer à vivre et à se développer, votre entreprise doit dégager un fonds de roulement positif : les ressources stables doivent pouvoir financer non seulement les emplois durables mais également les besoins liés à l’activité.

- Calculez votre besoin en fonds de roulement :
c’est le niveau de trésorerie que vous avez besoin d’injecter dans l’activité pour financer le cycle d’exploitation ; autrement dit, pour couvrir le décalage entreles besoins d’exploitation que vous devez financer et les rentrées de cash correspondantes.

- Comparez votre fonds de roulement à votre besoin en fonds de roulement
Le premier est-il suffisant pour financer les besoins de l’activité ? Dégagez-vous, au-delà de ces besoins, une trésorerie excédentaire ? Si le fonds de roulement ne suffit pas pour financer le besoin en fonds de roulement, quels autres financements avez-vous mis en place : apports en comptes courants, emprunts bancaires à court terme, affacturage... ? Le besoin de financement à court terme qui ressort de votre bilan résulte-t-il d’une situation exceptionnelle ou est-il récurrent ? Si la deuxième hypothèse correspond à la réalité, quelle pourrait être la solution optimale : augmenter les fonds propres, recourir à un emprunt long terme qui financerait mieux les récents investissements, etc. ?

> Conclusion de l'exploration de votre bilan

En n’oubliant jamais que votre bilan est la photographie de la situation financière de votre entreprise à un instant T (correspondant à la date de clôture de vos comptes), et qu’il faut donc « retraiter » les éléments exceptionnels qui pourraient vous induire en erreur, une analyse détaillée du bilan vous permet de porter un diagnostic sur la structure financière de votre société. Si cette dernière est déséquilibrée, vous devrez décider des mesures à entreprendre pour créer les conditions d’un retour à l’équilibre. N’oubliez pas qu’une entreprise peut être en cessation de paiements malgré une situation bénéficiaire... L’oxygène de votre entreprise, c’est sa trésorerie présente, non pas celle espérée !

IV. Questionnez aussi les chiffres de votre secteur

Les étapes précédentes vous ont déjà donné des pistes de réflexion pour l’avenir. Afin que ces dernières deviennent des pistes d’action, il vous reste à confronter vos documents comptables avec les caractéristiques économiques de votre secteur d’activité. Penchez-vous sur les points suivants :

- Votre chiffre d’affaires a-t-il progressé plus vite ou moins vite que celui de votre secteur ? - Votre marge brute et votre excédent brut d’exploitation sont-ils conformes à ceux du secteur ?

- Votre structure économique vous permet-elle de faire face aux défis du marché ? A titre d’exemple : votre business risque-t-il d’être bouleversé par l’introduction d’une nouvelle technologie ? Si oui, disposez-vous de cette technologie ? A défaut, avez-vous les moyens de l’acquérir ?

- Compte tenu de l’évolution de votre secteur, quelles sont les perspectives de votre entreprise pour l’année ou les deux ans à venir ? Quels développements souhaitez-vous réaliser ? Quels moyens devez-vous mettre en oeuvre pour y parvenir ? Avez-vous les moyens financiers de vos ambitions ?

> Conclusion de l'exploration des chiffres de votre secteur

Cette quatrième étape est certainement la plus longue en termes de collecte d’informations et de réflexion. Vous procurer les données de votre secteur d’activité prendra un peu de temps ; néanmoins, via les syndicats professionnels et les études de secteur, il n’est pas très difficile de les obtenir. Les comparer aux données de votre entreprise est ensuite relativement enfantin, mais indispensable : votre entreprise ne vit pas sur une île déserte et son avenir est aussi lié à celui du secteur...

l'entreprise.com


         
 
                         
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