Exportations : Le CMC lance l’alerte



Exportations : Le CMC lance l’alerte
L’économie marocaine se donne-t-elle réellement les moyens de ses ambitions? Le Centre marocain de conjoncture (CMC) a révélé, hier, son rapport sur l’export national et il faut avouer que ce document éveille beaucoup d’inquiétudes. Ce pilier de la stratégie économique s’avère finalement être le canard boiteux d’une économie jusque là jugée satisfaisante. Voilà que les professionnels du secteur se rendent compte que le chemin qui reste à parcourir est encore semé d’embuches. Pour rappel, depuis un quart de siècle, le Maroc table sur ses exportations pour générer une croissance supplémentaire. Or, la croissance enregistrée ces dix dernières années n’a été que de 4,3% contre une contribution négative de la demande étrangère à hauteur de 0,4%. Il semblerait alors simple de déceler le dysfonctionnement, les produits marocains n’auraient toujours pas investi les marchés qu’ils ciblaient. En d’autres termes, l’économie n’a pas encore su tirer profit des avantages que présentent les différents accords de libre-échange en vigueur. Par ailleurs et plus concrètement, la contribution négative de la demande extérieure s’explique par une prépondérance des importations, enregistrant un apport négatif de 2,4 points de croissance, contre un apport positif de seulement 2 points de croissance pour les exportations. La question qui se pose alors serait de savoir quelles sont les failles du système d’exportation ? Pour Habib El Malki, président du CMC, la réponse est simple : «L’ouverture du marché n’a pas été maîtrisée aussi bien au niveau de l’appareil productif qu’institutionnel». Aujourd’hui, ce dysfonctionnement serait à l’origine «d’une asymétrie entre les importations et les exportations». Et c’est là que le bât blesse. Selon le CMC , «le modèle de croissance marocain est à revoir, dans le sens où il présente un fort contenu d’importations à faible contenu d’emplois, ce qui handicape la compétitivité».

Les freins de blocage

Face à ces inquiétudes, Abdellatif Maâzouz, ministre du Commerce extérieur, tempère en annonçant un taux de couverture de 70% à 2010. «Avec l’UE nous serons à 0% de droits de douanes en 2012. Ce sera aussi le cas pour nos échanges avec les États-Unis dès 2015», explique le ministre de tutelle, avant d’ajouter que «la crise économique internationale rend la stratégie d’exportation plus difficile». Aujourd’hui, un retour des achats de l’Est vers l’Ouest serait en train de s’opérer. Le Maroc pourrait être, selon les spécialistes du secteur, bien placé pour profiter des demandes des grands donneurs d’ordre. Le pays pourrait en effet offrir une alternative à l’Union européenne mais également au nord-est américain, qui reste «méconnu par les opérateurs marocains». Dans ce sens, le ministère du Commerce extérieur affiche des prévisions de croissance des exportations (hors phosphate et tourisme) de 114 milliards de dollars à horizon 2013 et 230 milliards de dollars à horizons 2018.  Ces perspectives sont de prime abord ambitieuses, mais par quels moyens compte-t-on y parvenir, au moment où les exportations enregistrent une baisse de 16% à août 2011? Les directives du CMC vont à juste titre dans ce sens. Le Centre marocain de conjoncture propose une «accélération de l’industrialisation», avec notamment une activation de la mise en œuvre du Pacte national (PNEI). La production industrielle stagne en effet à 13%, ce qui rend difficile tout raisonnement en termes de compétitivité. D’autre part, et toujours dans le registre des dysfonctionnements qui entravent la bonne marche des exportations, l’organisme estime qu’il serait «crucial» de revoir la politique du taux de change, afin de la rendre un peu plus flexible. «Nous constatons que Bank Al-Maghrib fait un parcours immobile en ce qui concerne le taux de change», explique Habib El Malki. Le Maroc bénéficie aujourd’hui d’une large marge qui permet d’opérer des réformes plus effectives. Le taux d’inflation reste inférieur à 2 %, ce qui écarterait toute érosion du pouvoir d’achat. D’autre part, et toujours dans ce même raisonnement, le taux d’endettement du pays est actuellement à 62% du PIB ce qui constituerait des limites «assez raisonnables».

Un potentiel à développer
Le blocage a trait au manque de culture favorable à l’exportation. «Exporter, conquérir les marchés extérieurs nécessite une nouvelle culture», note le CMC. Les entreprises marocaines auraient encore du mal à aborder les marchés étrangers, préférant se cantonner à répondre à une demande intérieure plus fiable. Côté patronat, le problème s’enracine dans un «défaut du tissu économique». En effet, le patron de la CGEM, Mohamed Horani, ne manque pas de souligner le «manque de ressources humaines nécessaires à la productivité».  Le patronat dévoile dans ce sens sa vison : «Le Maroc est aujourd’hui une plateforme de production et d’exportation qui reste bloquée par un certain nombre de défaillances». Ces dysfonctionnements, selon Horani, touchent essentiellement le coût des facteurs, les ressources humaines, la R&D, le climat des affaires (réforme de la justice), ainsi que le développement durable. Aujourd’hui, à cause de tous ces blocages, le constat reste inquiétant. 100 familles de produits totalisent 70% des exportations, au moment où un pays comme l’Allemagne en présente 1.000. Seulement 150 entreprises constituent 65% des exportations. Cela est essentiellement dû à la taille critique des entreprises. C’est à juste titre dans ce sens que se tourne le raisonnement du ministère du Commerce extérieur, qui tente de relancer le concept de consortium à l’exportation. Le projet compte à aujourd’hui 28 consortiums qui peinent à regrouper les 2/3 d’entreprises concurrentes capables de répondre à une demande unique. Cependant, l’idée pourrait regorger d’un potentiel non négligeable, puisque comme analysé auparavant (cf www.lesechos.ma), il aurait pour objectif d’encourager les PME/PMI à se regrouper pour former un «pole exportateur». Aujourd’hui, l’idée étant en cours d’exploitation, celle-ci devrait être accompagnée d’un procédé de promotion qui présenterait un produit à fort potentiel d’exportation.

Cap sur la promotion

Notons que la délégation d’homme d’affaires américains de passage au Maroc le mois dernier avait mis l’accent sur la nécessité de présenter un «produit Maroc» à proprement dit (www.lesechos.ma). Cette stratégie rejoint celle des grandes puissances économiques, notamment les États-Unis, qui marketent leurs productions et l’adaptent aux différents marchés cibles. Pour ce faire, il faudrait alors s’armer d’outils de promotion, aussi bien pour encourager à l’exportation que pour promouvoir les produits prêts à cet effet. Le dernier prétexte en date qui a permis de mettre en exergue les avancées du Maroc en matière économique était le Doing Business. Ce rapport a en effet placé le pays au 43e rang en matière de règlementation du commerce, de quoi encourager les producteurs. Dans ce sens, le ministère du Commence extérieur annonce également que le budget alloué à la promotion de l’exportation a été multiplié par 5, passant de 100 millions à 500 millions de DH. Il reste alors à mettre en place une stratégie effective, permettant d’élargir la productivité afin de présenter au monde, sur lequel l’économie marocaine veut s’ouvrir, des produits de qualité et en quantités suffisantes. Le défi est donc de produire mieux, plus vite et en grand nombre.
 
 


Ce qu’en pense la Banque centrale

Face à la question «Quel rôle pour la politique de change dans le nouveau contexte international» Karim El Aynaoui a voulu s’armer de clarté. Pour le directeur de Bank Al- Maghrib, la question reste cyclique au Maroc. Le compte courant de la balance des paiements présente un déficit de 4%, financés par un flux net d’aides officielles. Dans ce sens, «les IDE sont aujourd’hui à 1% du PIB, ce qui n’est pas très bon», explique-t-il. Pour ce responsable, le problème reste essentiellement lié à la capacité de coordination des institutions pour assurer le facteur compétitivité. La croissance des exportations stagne à 7% depuis 2000, ce qui demeure assez faible. D’autre part, la structure des exportations est très peu diversifiée, avec une baisse continue de la part de marché UE. En termes de changes, le dirham s’est déprécié de 7 à 8% et l’inflation maîtrisée du Maroc équivaut à celle du G7. Le Salaire minimum en proportion avec le salaire moyen est de 65%, ce qui conduit à inscrire la situation dans le rouge. Constat, toutes ces données relèvent d’une question conjoncturelle, qui pousse le secteur à ne pas en demander plus que la conjoncture ne le permet.
 


Quand le PJD y met son grain... de blé

L’intervention inattendue de Lahcen Daoudi lors de la 21e rencontre annuelle du Centre marocain de conjoncture a été marquée par la volonté du Parti justice et développement d’encourager la production et la consommation du blé national. En effet, le ministrable du prochain gouvernement n’a pas manqué d’insister sur la nécessité de soutenir les producteurs marocains, qui jusque là étaient bousculés par l’offre étrangère. L’objectif est de limiter les importations de ce type de produits. C’est à croire que le gouvernement actuel est en train de préparer le train à son successeur. En effet, l’État vient de fermer les vannes du blé étranger (www.les echos.ma). C’est là que l’intervention de Lahcen Daoudi prend une tournure stratégique jusqu’à ressembler à une annonce officielle de ce qui pourrait être la nouvelle stratégie du PJD en matière de Commerce extérieur. La couleur est désormais affichée, l’heure est au soutien des producteurs marocains qui voient «la consommation de 8 millions de Marocains leur échapper, dans tous les domaines», explique e représentant du PJD. Ce dernier souligne également que «les grandes surfaces marocaines doivent faire preuve de citoyenneté en privilégiant les produits locaux». Cette vision rejoint sensiblement celle d’Ahmed Réda Chami, ministre du Commerce et de l’industrie sortant, qui rappelle la convention en vigueur avec les grandes surfaces d’acheter en priorité les produits locaux, déplorant que celles-ci n’aient respecté leurs engagements qu’à hauteur de 60%.


les echos


         
 
                         
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