Emploi et Carrière : Plus on a fait d’études, plus on chôme!



43,4 mois pour trouver un job.
Commerciaux, responsables marketing, experts comptables… les perles rares.

Décrocher un diplôme au Maroc est synonyme de parcours du combattant. Et ce ne sont pas les 42.052 lauréats de l’enseignement supérieur de l’année dernière qui diront le contraire. Paradoxalement, les diplômés avec un niveau d’études supérieur sont les plus exposés au chômage. C’est une réalité que révèle la dernière enquête nationale sur l’emploi, réalisée par le Haut commissariat au plan (HCP). Une réalité concrétisée en chiffres. Ainsi, 68,1% des chômeurs sont des diplômés (74% en milieu urbain contre 44,6% en milieu rural).
La durée moyenne du chômage était de 36,3 mois (plus de trois ans) en 2008 contre 37,6 en 2007. Cette baisse n’a pas profité aux hauts diplômés. Au contraire, leur situation s’est dégradée de 3,3% passant de 41,8 mois en 2007 à 43,4 en 2008. Mais qu’est ce qui explique cette dégradation? D’abord, le marché demande de plus en plus des profils pointus, autres que ceux qui sortent massivement des universités. Ensuite, le niveau est souvent décrié par les recruteurs. Ces derniers ont plutôt une préférence pour le diplôme étranger et les formations professionnalisantes.
Néanmoins, «même les lauréats des universités peuvent s’en sortir. Car aujourd’hui, ce sont des qualités personnelles qui font la différence: savoir-être, ouverture d’esprit, adaptabilité…», indique Halima Bennasser, manager à Manpower Maroc. Selon elle, des lau-
réats de filières qu’on croyait «sans issue» comme la littérature ou le droit arrivent à s’insérer dans le marché de l’emploi.
Néanmoins, les recruteurs éprouvent beaucoup de difficultés pour dénicher certains profils à la formation pointue et aux qualités personnelles assez spéciales. C’est le cas pour les commerciaux, experts-comptables ou encore les responsables marketings. «Pour ces profils, les entreprises exigent un minimum d’expérience de 2 ans. Dans ce cas, le diplôme n’est qu’un prérequis qui doit être étayé par une aisance relationnelle et une grande rentabilité», assure la manager de Manpower.
La tendance actuelle du marché de l’emploi, hormis quelques formations (ingénierie, école de commerce), est plus tournée vers des profils de techniciens et techniciens spécialisés.
Les pouvoirs publics l’ont compris. Ils misent davantage sur les formations professionnalisantes. «Très souvent, les entreprises reprochent aux lauréats de l’université le manque de maîtrise des outils informatiques et des langues étrangères. Dans le Plan d’urgence, de nouvelles filières sont prévues pour rapprocher les étudiants avec le monde des entreprises», indique Abdelhafid Debbagh, secrétaire général du département de l’Enseignement supérieur. Le département d’Ahmed Akhchichine, compte beaucoup sur le système LMD. On y trouve de plus en plus de licences professionnelles. Néanmoins, les fruits de cette réforme se font attendre.
Par nature des secteurs recherchés, l’enquête du HCP révèle que 27,5% des personnes avec un diplôme supérieur ont un réel penchant pour la fonction publique. L’initiative personnelle, visant la création d’entreprises ou le lancement dans des professions libérales (avocat par exemple), est très limitée. La majorité des diplômés chômeurs désirent travailler en tant que salariés. Ce qui explique, en partie, le peu d’engouement pour le programme Moukawalati qui ambitionne de faire de ces jeunes diplômés des entrepreneurs. Une bonne fraction de ces diplômés, qui n’arrivent pas à ce reconvertir, préfèrent organiser régulièrement des sit-in devant le Parlement et revendiquer des postes dans la fonction publique. Mais il faut bien souligner que d’autres ont pu réussir cette reconversion en optant par exemple pour la formation professionnelle.

Equation
C’est une équation qui laisse perplexe: plus on a fait des études poussées, moins on a de chances d’être embauché. La tranche d’âge de 25-34 ans est la catégorie de la population qui regorge le plus gros contingent des sans-emploi dans le pays avec un taux de chômage de 16,5%. Mais pourquoi le marché de l’emploi n’absorbe pas les hauts diplômés? En fait, «tout dépend des créneaux. Pour les ingénieurs et les lauréats des filières scientifiques, le taux d’employabilité est très élevé. Pour les autres, issus des sciences humaines et sociales notamment, ils ont plus de difficultés», assure Abdelhafid Debbagh, secrétaire général du département de l’Enseignement supérieur. Ces profils n’ont pas beaucoup le choix au final. Les plus chanceux atterrissent dans l’enseignement supérieur. En revanche, les plus «téméraires» continuent leur chemin dans la recherche scientifique.

leconomiste.com


         
 
                         
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