Double impact de la hausse des salaires



Le HCP établit une simulation des effets des augmentations des salaires sur le cadre macroéconomique, à la fois dans le public ou dans le privé, avec le SMIG et le SMAG.

La décision du gouvernement de réviser à la hausse les salaires du personnel de l'administration publique à partir du 1er mai 2011 ainsi que le SMIG et le SMAG en deux tranches successives à partir du 1er juillet 2011 et du 1er juillet 2012, serait à double tranchant.

Leur impact sur l'économie nationale serait imminent selon la dernière note du HCP qui établit une simulation des effets de ces augmentations sur le cadre macroéconomique, notamment, sur les revenus, la consommation des ménages et l'inflation, sur l'investissement, la croissance et l'emploi ainsi que sur le budget de l'Etat et le commerce extérieur. «Globalement l'augmentation des salaires du personnel de l'administration publique devrait améliorer le revenu, le pouvoir d'achat et la consommation des ménages, ainsi que l'investissement, l'emploi et la croissance. En revanche, elle affecterait négativement le solde du budget de l'Etat et de la balance commerciale», rapporte la même source.

Si l'amélioration de la demande domestique évoluerait progressivement de 0,98% en 2011 à 1,51% en 2015, induisant ainsi une appréciation ascendante de la consommation respectivement de 0,79% en 2011 et de 1,1% en 2015, avec une progression de l'investissement passant de 0,3% en 2011 à 0,42% en 2015 et une création de l'emploi supplémentaire allant de 12950 postes en 2011 à 20090 en 2015, l'effet pervers sur le déficit commercial, en raison de l'effet multiplicateur en faveur des importations, ne se démentirait pas.

Même avec des recettes fiscales supplémentaires, l'impact sur le déficit budgétaire ne serait pas compensé. «Le déficit commercial s'accentuerait de 0,63% en pourcentage du PIB en 2013 et le déficit budgétaire de 0,51% en 2012 », d'après le même document qui a démontré, également, l'effet boomerang de l'augmentation du SMIG et du SMAG. Certes, cette décision se traduirait par une croissance de la consommation des ménages d'environ 0,23% en 2011 et 0,85% en 2013 et en 2014 avant de baisser à 0,78% en 2015, il n'en demeure pas moins que son impact sur la compétitivité de l'entreprise serait négatif, notamment suite à la hausse des prix à la production et la réduction du taux de marge bénéficiaire. Ceci serait d'autant plus vrai pour le produit intérieur brut (PIB) qui connaîtrait une diminution, avec un manque à gagner en termes de croissance économique estimé à 0,13% en 2012 et à 1,26% en 2015

Les pertes d'emploi seraient de 1500 postes en 2011 à 116050 en 2015, notamment à cause du fléchissement de l'investissement qui s'inscrirait dans un retrait en accentuation, allant de 0,03% en 2011 à 3,47% en 2015.

Par ailleurs, la simulation d'impact de l'augmentation des salaires du personnel de l'administration publique et du SMIG et SMAG dans le secteur privé, telle que établie par le HCP, fait ressortir, une amélioration des revenus des ménages à partir de 1,64% en 2011 pour atteindre 6% en 2015. La consommation augmenterait de 1,01% en 2011 à 1,86% en 2015 avec un pic de 2,01% en 2013, alors que les prix connaîtraient progressivement une hausse de 0,52% en 2011 atteignant 3,97% en 2015. La croissance du PIB de son coté enregistrerait une progression de 0,29% en 2011 et de 0,27% en 2012, avec un manque à gagner à partir de 2013 de 0,12% pour atteindre 0,97% en 2015.

Par contre, un recul de l'investissement et une dégradation de la balance commerciale seraient au rendez-vous. Ces deux indicateurs devrait afficher respectivement des replis allant de 0,88% en 2013 à 3,07% en 2015 et passant de 0,46% en 2011 à 0,64% en 2015 avec un pic de 0,85% en 2013. Même l'emploi et l'équilibre budgétaire s'en feraient ressentir. Ainsi, les pertes d'emploi sont estimées, par le HCP, à près de 15.940 en 2013 et 96.890 emplois en 2015, tandis que le déficit budgétaire se creuserait d'environ 0,32% en 2011 et de 0,22% en 2012 avant de connaître une amélioration à partir de 2013 de 0,10% pour passer à 1,03% en 2015.

Effets pervers sur l'emploi

Au Maroc, le salaire minimum joue un rôle important dans la détermination des bas salaires du secteur privé structuré. Fixé à un niveau économiquement acceptable, il peut contribuer, selon le Centre marocain de conjoncture (CMC), à équilibrer la relation salariale entre l'employeur et les travailleurs à faible rémunération face à la pression à la baisse du coût du travail. Toutefois, dans une économie exposée à la concurrence extérieure comme celle du Maroc, une hausse élevée du salaire minimum peut avoir des effets pervers sur l'emploi. Selon le CMC, en augmentant le coût d'embauche, un salaire minimum élevé amènerait l'employeur à réduire ses possibilités d'embauche des travailleurs dont la productivité est inférieure ou proche du coût salarial.

Le matin


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