Création d’entreprise : les dispositifs d’accompagnement de l’entrepreneur existent



Longtemps considérés comme seuls accompagnateurs en matière de création d’entreprise, les fiduciaires et notaires ont été depuis quelques années supplantés par un nouveau système institutionnel. Quel est le rôle de ce système et dans quelle mesure contribue-t-il à la réussite des projets ? Éléments de réponse.

Après avoir débattu des facteurs clés de succès des start-up, à savoir la capacité décliner son idée en projet, connaître son marché et ses compétences intrinsèques et trouver le financement adéquat, le forum du manager revient à la charge pour approfondir la problématique de l’accompagnement à la création d’entreprise.
Un facteur qui représente non seulement une condition pour l’aboutissement du projet de création de l’entreprise, mais également un garant de sa pérennité.
Dans ce sens, les statistiques de l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE), ont démontré qu’une entreprise sur deux disparaissait dans les quatre années qui suivent sa création. Une donne qui peut être chargée selon des études conduites au niveau européen. Celles-ci prouvent que le taux de mortalité des entreprise est peut être deux à quatre fois inférieur lorsqu’elles sont suivies par des accompagnateurs (institutionnels, incubateurs…). C’est d’ailleurs dans cette optique que le débat a été ouvert par Réda Idrissi, senior manager à capital consulting, qui s’est demandé quelles étaient les différentes structures au Maroc qui accompagnent l’entreprise dans sa phase de création et de croissance, et quels étaient les moyens d’accompagnement de cette dernière. Une définition de l’accompagnement s’est imposée au préalable. Tel que défini dans la littérature, Curzin et Fayol (2004) décrivent l’accompagnement comme étant « une pratique d’aide à la création de l’entreprise fondée sur une relation qui s’établit dans la durée et n’est pas ponctuelle, entre un entrepreneur et un individu externe au projet de création. A travers cette relation, l’entrepreneur va réaliser des apprentissages multiples et pouvoir accéder à des ressources ou développer des compétences utiles à la concrétisation de son projet ». Ainsi précise l’accompagnement vise donc à permettre à l’entrepreneur d’agir par lui-même sans « faire à sa place » et donc de le rendre autonome. Dans le contexte marocain, le processus d’accompagnement diffère selon l’institution qui le prodigue.

Les services d’accompagnement

Avant, les structures d’accompagnement existantes au Maroc se limitaient aux fiduciaires et aux notaires. Aujourd’hui, on retrouve un panel de structures d’aide à l’accompagnement, avec à sa tête le CRI (centre régional d’investissement), suivi par d’autres systèmes et associations tels que Moukawalati, l’Afem (associations des femmes chefs d’entreprise), le CJD (centre des jeunes dirigeants)… les services d’accompagnement sont divers et s’étendent de la sensibilisation à l’entreprenariat au suivi post création. L’Afem par exemple, qui privilégie les activités de services, propose deux types d’incubations : pré et post incubations. La formation du capital, elle, propose un financement gratuit dont le montant, décidé par le comité, va de 50.000 à 100.000 DH avec possibilité de bénéficier d’un complément de la part d’Attijariwafa-bank. « Dans mon cas, j’avais le business plan prêt. L’Afem m’a offert, outre la possibilité de domicilier mon entreprise chez elle, un programme de formation de 11 jours et l’aide d’experts en finance pour la préparation des statuts… », Explique ilham jabri, Ijabi consulting. Dans ce même volet, siham el mejjad, directeur projets et organisation à 2WLS, (worldwide loyalty system, premier opérateur de fidélisation clients mono et multienseigne au Maroc), souligne l’importance de l’accompagnement pré création pour vérifier la cohérence homme projet : « au CJE (centre des jeunes entrepreneurs), nous avons eu droit à un programme d’accompagnement de 18 mois avec une rencontre chaque fin de mois pour parler de prospections…
Un programme qui permet à la fin de formation de savoir si réellement la personne veut devenir entrepreneur ou pas », explique-t-elle. Des outils testés certes, mais qui nécessitent cependant des relais sur le terrain. « Il existe des villes où la personne ne possède même pas 50 DH pour assister à une formation, sans parler de l’accès à l’information et à l’Internet… » Développe Hassan charaf, chef du département développement à la fondation banque populaire pour la création d’entreprise. Alors que certaines villes du royaume telles Casablanca, Rabat, Tanger et Marrakech sont en perpétuel mouvement et connaissent une émulation en matière de création d’entreprise, d’autres risquent d’être oubliées par les structures d’accompagnement. Car malgré l’existence de branches de structures d’accompagnement, la remontée de l’information vers les autres régions ne se fait pas de manière automatique. Il convient alors d’élargir la vision entrepreneuriale vers d’autres villes et région du royaume où la communication sur l’accompagnement à la création de l’entreprise fait défaut. Un point qui soulève une nouvelle interrogation de la part de nawal houti, directeur général de success publications : « comment développer la communication pour que les futurs entrepreneurs aient accès à l’information ? ». La recherche de l’information est-elle une obligation qui incombe à l’entrepreneur ou plutôt aux associations ? Or, il s’avère que parmi les caractéristiques d’un bon entrepreneur se trouve la recherche en continu ! « Un entrepreneur doit bouger pour trouver des opportunités. L’idée d’assistanat en continu n’est pas bénéfique pour l’entrepreneur «, souligne siham el mejjad.

Le rôle des acteurs

Plusieurs individus et institutions peuvent intervenir dans le processus d’accompagnement. Toutefois, trois acteurs principaux dominent le paysage de la création d’entreprise, à savoir l’accompagnateur professionnel, l’Etat et la banque, dont les rôles sont également à définir. « L’accompagnateur se doit de connaître les différentes étapes par lesquelles le porteur de projet va passer entre dépôt de dossier et le suivi post création pour être le plus apte à répondre aux attentes de l’entrepreneur », souligne abdesalam alami gouraftei, responsable réseau à moukawalati. Un rôle qui reste cependant sans grand secours pour le porteur de projet qui souffre de lacunes dans sa formation initiale, « les profils que nous recevons ne maîtrisent pas à 100% le management entrepreneurial… » Souligne hicham smad, directeur de la fondation Maroc Entreprendre.
Ce constat soulève aussitôt la polémique chez les participants. Cette brèche est-elle à combler par l’Etat ou par les accompagnateurs ? Les deux acteurs ont des responsabilités à assumer, mais à différents niveaux. L’Etat doit développer le système entrepreneurial de départ en agissant sur le système éducatif. Et bien que certaines associations et écoles privées s’essaient à développer l’esprit d’entreprenariat, aucune action n’est encore concrètement adoptée au niveau de l’Etat. Pour remédier à cette situation, Marwane laissi, directeur général adjoint à Upline capital management, qui insiste sur le fait q’une vision entrepreneuriale profonde doit être établie depuis le foyer, le système éducationnel… bref, de la base ! « On a peur de l’échec aussi bien du coté des aptitudes personnelles de l’entrepreneur et ses capacités entrepreneuriales que du coté du banquier auquel l’accès n’est pas une chose aisée », ajoute hicham smad.
Karim mouttaki, vice président de la commission droit à la CGEM, a cependant relevé un point important : « l’entreprenariat est majoritairement perçu comme une alternative à un échec d’éducation, professionnel…mais est-il un palliatif au chômage ? ».Une idée partagée par Hassan charaf qui admet que 80% des personnes se présentant à la création d’entreprise n’ont pas trouvé d’emploi.
Dans une même réflexion d’approfondissement du sujet, d’autres intervenants reposent la problématique liée à la banque. « Le financement et le foncier sont autant de problèmes qui se posent au départ de la création d’entreprise », fait remarquer abderrahim jallaoui, chef du département noms commerciaux et marques à l’Ompic. A l’évidence, l’entrepreneur ne dispose pas aujourd’hui de moyens pour acheter des biens et pour financer son projet. En présentant ce dernier à la banque, il met son avenir entre les mains d’un banquier qui n’attend de ce dossier qu’une garantie solide et une rentabilité intéressante. Stéréotype ou réalité, il n’en demeure pas moins que pour l’entrepreneur le passage devant le banquier représente un facteur déterminant pour l’aboutissement de son projet. « Le poste de banquier doit être dédié à une personne formée au niveau managérial pour pouvoir répondre et comprendre les attentes de son interlocuteurs », suggère siham el mejjad. Les questions qui se posent à ces stade sont : la multiplicité des accompagnateurs assure-t-elle la mission pour la quelle ces derniers ont été créés ? si c’est le cas, cet accompagnement contribuera-t-il à la pérennité et au développement de l’entreprise ? Si certains osent affirmer que l’entrepreneur se trouve seul face à son destin après la création de son entreprise, d’autres diront que s’est à lui de maintenir le contact avec des structures d’accompagnement comme le CJD, Maroc entreprendre …pour ne pas être coupé du monde.

essor


         
 
                         
  Actualité   Investir au Maroc   Création d'entreprise   Vie d'entreprise   Services   Pratique  
 
  Investissement   Portrait du Maroc     Etapes de création     Gestion     Newsletter     Téléchargements
 
  Economie   Raisons d'investissement     Guide des formalités     Finance     Forum     Vidéo
 
 
  Bourse & Finances   Climat des affaires     Formes juridiques     Marketing     Guichets moukawalati     Galerie
 
    Société & Culture     Opportunités d'investissement     Aide aux PME     Ressources humaines     Liste des CRIs     Liens
 
 
  Entreprise     Fiche d'entreprise     Droits des affaires     Nouvelles technologies         Blogs
 
  Sport       Fiscalité     Emploi & Carrière