Bank Al-Maghrib: L’année 2010 plus éprouvante pour les Finances publiques



Bank Al-Maghrib: L’année 2010 plus éprouvante pour les Finances publiques
Les dépenses du Trésor s’envolent, les rentrées d’impôts en petite forme.
Hausse de la dette intérieure du Trésor en 2010.
Les points noires: compensation, dépenses publiques, balance des paiements.

C’est devenu un rituel pour Abdellatif Jouahri, le gouverneur de la banque centrale. Cette année n’a pas dérogé à la règle avec la présentation du rapport annuel sur l’économie nationale au Souverain. Au-delà du protocole et surtout à quatre mois du terme de l’exercice 2010, l’état actuel des finances publiques pourrait laisser craindre une année 2010 plus difficile que la dernière. Déjà parce que les rentrées d’impôts affichent une petite forme depuis le début de l’année. L’impôt sur les sociétés ou encore l’impôt sur le revenu par exemple recule respectivement de 22% et 10% à fin juillet. De plus, l’envolée des cours des matières premières sur les marchés internationaux, depuis le début de l’année, n’est en rien une bonne nouvelle pour les finances publiques. Contrairement à 2009 où la charge de compensation est ressortie à 12,8 milliards de DH en raison de la baisse des cours des produits énergétiques, le même montant a déjà été consommé au titre des mêmes charges à fin juin 2010.

La loi de finances 2010 avait budgétisé 14 milliards de DH pour la compensation. Les besoins supplémentaires sont estimés à 10 milliards de DH, voire plus, de quoi titiller les niveaux record atteints en 2008, soit 31,5 milliards de DH.

Les dépenses du Trésor augmentent, mais les recettes ne suivent pas forcément la même tendance. Et les dépenses, c’est également le boulet du train de vie de l’Etat. Le ministre des finances, Salaheddine Mezouar s’en était inquiété lors du dernier conseil national du crédit et de l’épargne en relevant la nécessité de le réduire. En effet, les dépenses du Trésor ont atteint 206,5 milliards de DH l’année dernière. Elles ont progressé de 2,4% malgré le net repli de la charge de compensation. A elles seules, les dépenses de fonctionnement ont représenté 121,8 milliards de DH du total en hausse de 13,5%. La masse salariale s’accapare une bonne partie avec un volume de 75,3 milliards de DH, là également en hausse de 7%. Les charges du personnel représentent 10,2% du PIB. Et il ne faudra pas s’attendre à un retournement de tendance à court terme. Les premiers chiffres de 2010 sont nettement supérieurs à ceux de 2009 à période identique.

Dans ces conditions, les levées du Trésor ont atteint 57,7 milliards de DH au terme du premier semestre 2010, soit 21,1 milliards de plus par rapport à la même période en 2009. Et ses interventions sur le marché de la dette ne devraient pas s’atténuer avant la fin de l’année. L’encours de la dette intérieure s’est ainsi établi à fin juin à 285 milliards de DH. Le recours intempestif à la dette intérieure a été accentué par la petite forme des marchés européens. Il faut y lier également la crise de la dette publique en Europe qui a certainement constitué un motif supplémentaire d’hésitation. Et ce, malgré le passage à l’échelon « Investment grade » obtenu par le Maroc. En 2009, le Trésor a levé 14,9 milliards de DH à l’extérieur. Dans ces conditions, la dette directe du Trésor s’est établie à fin 2009 à 345 milliards de DH en hausse de 6,1%. Elle a été ramenée à 46,9% du PIB contre 47,2% en 2008. Avec des besoins de financement plus importants, un relèvement du ratio de la dette du trésor par rapport au PIB est inévitable.

D’ailleurs la Banque centrale s’est laissée tenter par une petite simulation sur la soutenabilité à moyen terme de la dette du Trésor. Cette simulation tient compte notamment d’un déficit budgétaire de 3% du PIB et d’une croissance annuelle proche de 5% d’ici 2019. Le régulateur central prend également en considération l’absence de recettes de privatisation à partir de 2014. Au final, les résultats laissent ressortir une légère augmentation du ratio de la dette par rapport au PIB en 2010 (47,1% actuellement) et 2011. Passée cette période, la dette devrait connaître une correction à partir de 2012 et revenir à 46,5% du PIB en 2019.

En dépit de l’optimisme affiché par le département des finances depuis le début de l’année, aidé en cela par la hausse des transferts des MRE et la bonne orientation du compte de voyages notamment, le rapport met en garde contre la dépendance vis-à-vis des transferts des MRE ainsi que du financement extérieur. Et pour cause, la balance des paiements a enregistré pour la deuxième année consécutive un déficit de 5% après six années d’excédent (entre 2002 et 2007). «Même si cette tendance ne porte pas atteinte à la viabilité des équilibres extérieurs, elle traduit néanmoins la persistance de certaines fragilités structurelles », relève le rapport. La fragilité des exportations combinée à la forte demande d’importation ne vont qu’accentuer les tensions sur les réserves de changes. Autrement dit, il faut revoir la stratégie des exportations.

Coût
En 2009, le coût moyen de la dette intérieure du Trésor s’est établi à 5,10% contre 5,35% en 2008. Cette baisse fait suite à celle des taux sur le marché des adjudications. Au terme du premier semestre 2010, les taux d’intérêts ont progressé de 9 et 14 points de base pour les maturités courtes et moyennes. La hausse s’est située entre 64 et 78 points de base pour les bons du Trésor à long terme. Il faudra sans soute s’attendre à un relèvement du coût de la dette intérieure, sachant que les besoins du Trésor vont s’accentuer avant la fin de l’année, ce qui ne devrait pas manquer d’impacter le niveau des taux.

leconomiste.com


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