Agriculture : Le secteur de la banane dans une mauvaise passe



Agriculture : Le secteur de la banane dans une mauvaise passe
Les producteurs de banane sollicitent l’intervention des pouvoirs publics et demandent des clauses de sauvegarde contre les importations.
Pour eux, la protection devrait durer quatre ans pour leur permettre de se redresser.
Actuellement ils vendent à perte : 3 DH le kilo, départ ferme.

Les producteurs de banane vivent des difficultés qui risquent de mettre en péril cette filière relativement récente de l’agriculture marocaine. Sur tous les sites de production, «une mévente totale» de la banane a été constatée par l’Aproba (Association des producteurs de banane du Maroc), ce qui a engendré un effondrement des prix, franchissant à la baisse la barre de 3 DH le kilo, départ ferme. «Un précédent désastreux qui n’avait jamais été enregistré auparavant», estime l’Aproba dans une correspondance adressée au ministre du commerce extérieur, il y a un mois.

Dans cette correspondance, justement, l’Aproba, considérant que les difficultés de la filière sont aggravées par des «importations massives», en provenance d’Afrique principalement, demande l’application de mesures de sauvegarde pour une période de quatre ans, temps jugé «indispensable pour arrêter l’hémorragie et réparer le préjudice». En attendant la mise en place de ces mesures de sauvegarde, les producteurs de banane sollicitent aussi l’instauration d’une «déclaration préalable à l’importation» (DPI) de six mois. A rappeler ici que des mesures de sauvegarde avaient été instaurées entre 2001 et 2004 au profit de cette filière.

Contacté, le ministère du commerce extérieur reconnaît que cette culture connaît en effet de grandes difficultés, mais précise que celles-ci n’ont pas pour origine les importations. «Depuis la fin de la mesure de sauvegarde le 31 décembre 2004, les quantités de banane importées sont restées quasiment les mêmes que celles autorisées et réalisées dans le cadre du contingent de droit commun, lorsque les mesures de sauvegardes étaient en vigueur, soit environ 5 000 tonnes. Cela montre clairement que les problèmes que soulèvent les producteurs, qui sont réels par ailleurs, ne sont pas provoqués par les importations», déclare un responsable au Commerce extérieur. Celui-ci estime, pour sa part, que les causes des perturbations qui affectent la filière sont plutôt à chercher dans l’inorganisation du circuit de distribution et de commercialisation ainsi que dans la concurrence des autres fruits.

Anarchie dans le circuit de commercialisation
Les professionnels, dans leur requête, ne nient pas qu’une partie du préjudice qu’ils subissent vient en effet de «l’état d’anarchie que connaît le circuit de commercialisation des fruits et légumes, en général, au Maroc». Mais, expliquent-ils, pour combattre cette anarchie, «nous avons besoin d’un répit dans les importations afin d’achever le processus de modernisation de la filière que nous avons entamé à la suite de la mise en place des mesures de sauvegarde en 2001». Autrement dit, les facteurs de la crise sont à la fois internes et externes, sans oublier, précisent-ils, que les effets de la crise de 1999, suite aux importations massives de bananes qui avaient justifié l’application des mesures de sauvegarde en 2001, se ressentent encore aujourd’hui. «Car, beaucoup d’opérateurs ont encore du mal à se relever des pertes financières qu’ils avaient subies alors».

Sur les facteurs internes de la crise, l’Aproba cite, dans l’ordre, les contraintes climatiques qui freinent la volonté des producteurs d’aller vers une mise à niveau plus poussée de la filière, et rappelle à cet égard les pertes énormes subies en 2004 suite au froid polaire qui a sévi au Maroc (80 % des plantations ont été détruites par le gel). Viennent ensuite l’état d’anarchie que connaît le circuit de commercialisation et «l’absence d’un cadre législatif adéquat», ce qui, selon l’Aproba, favorise «la multiplication du nombre d’intermédiaires spéculateurs», l’absence «totale» de soutien et d’accompagnement à la mise à niveau de la part de l’administration et, enfin, la hausse «catastrophique» des prix des intrants. Un producteur du Souss Massa Draa se demande à ce propos comme il est possible de soutenir la concurrence avec des intrants, notamment les fertilisants, qui coûtent trois fois plus cher qu’en Espagne, par exemple.

Quant aux facteurs externes, ils se résument en la concurrence des multinationales, lesquelles, déclarent, persuadés, les producteurs marocains, «pour mettre la main sur un marché, acceptent au départ de brader les prix, pour ensuite, une fois seules, se retourner contre le consommateur». C’est pourquoi l’Aproba estime que cette concurrence-là est tout simplement «déloyale» et qu’il faut, par conséquent, déployer des moyens pour la contourner.

Chiffres :
5,5 kg par habitant et par an

Selon le rapport d’évaluation de la filière de la banane au Maroc, réalisé par l’Aproba, plus de 600 ha ont été définitivement abandonnés depuis 2000, principalement dans les régions du nord, et ce «pour des raisons purement financières». Par ailleurs, ajoute le rapport, plus d’une centaine de fermes spécialisées dans la production de banane ont abandonné cette culture pour investir dans d’autres espèces, «ou carrément dans des cultures de saison dans le cas du Gharb». Parfois, l’alternative à l’abandon pur et simple consiste à réduire les superficies plantées. Sur un échantillon de 30 producteurs en difficulté, les superficies ont été réduites de 15 %, note le rapport de l’APROBA.

Malgré les difficultés de la filière, la production de banane au Maroc connaît, depuis 2001, un rythme croissant, avec près de 160 000 tonnes en 2004. Si l’on y ajoute les 5 000 tonnes importées, on aboutit à une consommation de l’ordre de 5,5 kg par habitant et par an. L’Aproba explique la différence entre l’évolution annuelle de la production et celle des superficies par les progrès techniques qu’a connus la filière ces dernières années, progrès permettant d’obtenir des rendements meilleurs que dans les années 1990.

Avant l’année 2000, le coût de production à la ferme était de l’ordre de 4,75 DH/kg. Aujourd’hui, avec le réajustement des systèmes de gestion des producteurs, il est de 3,71 DH/kg.
Le nombre de producteurs de banane connaît des hauts et des bas depuis la crise de 1999. Après une baisse progressive entre 2000 et 2002 (passant de 1 014 à 956), la population des agriculteurs a évolué à la hausse en 2003 (atteignant plus de 1 100 producteurs), pour chuter de nouveau en 2004.

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